Un porte-parole de l'Organisation des Nations unies a évoqué hier un «bain de sang» en parlant des bombardements qui ont fait entre 430 et 1000 de morts, dont au moins une centaine d'enfants, dans le nord du Sri Lanka la fin de semaine dernière.
Le gouvernement sri-lankais a officiellement protesté contre ces propos de Gordon Weiss, un porte-parole de l'ONU à Colombo qui commentait ces violences dont l'armée et les rebelles tamouls se rejettent mutuellement la responsabilité.
«Les Nations unies ont mis en garde régulièrement contre le risque de bain de sang alors que l'on assistait à l'augmentation constante des morts chez les civils ces derniers mois», a déclaré hier Gordon Weiss. Les événements du week-end, «qui incluent la mort de plus de 100 enfants, montrent que le bain de sang est devenu une réalité».
Selon des sources médicales, une première vague de bombardements a frappé dans la nuit de samedi à dimanche la minuscule bande côtière encore tenue par les insurgés, et où sont coincés 50 000 civils de la minorité tamoule d'après l'ONU. Une autre série de tirs d'artillerie, moins intense, a visé dimanche soir la «zone de sécurité» où le gouvernement avait appelé les civils à se rassembler, a précisé le Dr V. Shanmugarajah, qui travaille dans un hôpital de fortune établi dans la région.
Au total, 393 décès ont été constatés dimanche et 37 autres hier matin, a rapporté le médecin, qui a également fait état de plus 1300 civils blessés. Mais le bilan est sans doute beaucoup plus élevé, selon le
Dr Shanmugarajah: «Vu le nombre de blessés et d'après les témoignages que j'entends, j'estime le nombre de morts à environ 1000.»
6500 morts
Les informations sur les combats sont difficiles à vérifier, Colombo interdisant aux journalistes et aux travailleurs humanitaires d'entrer dans la zone de guerre. Reste que les bombardements du week-end constituent les violences les plus sanglantes contre les civils tamouls depuis des années.
Des chiffres de l'ONU compilés en avril montraient que près de 6500 civils avaient été tués en trois mois de combats cette année alors que le gouvernement sri-lankais cherche à en finir avec les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), chassés de leurs bastions dans le nord de l'île. L'armée affirme avoir acculé les rebelles dans un dernier réduit de quatre kilomètres de long, dos à la mer, qui constitue l'actuelle zone de guerre.
Colombo rejette les appels internationaux à une trêve humanitaire. Human Rights Watch, Amnesty International et l'International Crisis Group ont appelé le Japon, principal donateur du Sri Lanka, à faire pression sur l'ONU pour qu'elle se saisisse du dossier. «Des réunions formelles du Conseil de sécurité» sont nécessaires d'urgence «pour répondre à la crise humanitaire et des droits de l'Homme», expliquent les ONG dans une lettre au premier ministre japonais, Taro Aso. «Si le monde continue d'ignorer la souffrance des civils au Sri Lanka, comme il l'a fait jusqu'à présent, ce sera un échec historique», poursuit le texte.
Le site Internet tamilnet.com, lié aux rebelles, a imputé les bombardements du week-end aux forces sri-lankaises, affirmant qu'ils avaient fait 3200 morts chez les civils. L'armée a démenti, affirmant avoir vu les rebelles tirer des obus de mortier sur une partie de la bande côtière dimanche «dans le but de salir l'image des forces de sécurité».
http://www.ledevoir.com/2009/05/12/249940.htm l
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