Par M K Bhadrakumar
Avec la probabilité que les Etats-Unis engagent le dialogue avec l’Iran dans un futur proche et que Washington « réinitialise » ses relations avec Moscou, beaucoup de rumeurs de compromis sont dans l’air
Ces dernières semaines, Téhéran a observé avec un certain malaise le plan de jeu de l’administration du Président Barack Obama – isoler l’Iran en attirant la Russie (et la Syrie) vers un compromis. Mais il semble qu’il n’y ait aucun compromis de ce genre sur le front russe. La position officielle de la Russie est que les Américains n’ont fait aucune proposition de ce genre en vue d’un compromis.
Le fait est que l’Iran est un acteur clé sur un vaste espace géopolitique qui s’étend du Proche-Orient à la Caspienne et à l’Asie Centrale en passant par l’Afghanistan et où la Russie a de profonds intérêts en matière de sécurité. Et la Russie ne peut pas et ne veut pas compromettre ses excellentes relations avec l’Iran.
De plus, les experts russes considèrent la question du bouclier antimissile comme partie intégrante d’un modèle entièrement différent – les relations de la Russie avec l’OTAN et la sécurité en Europe, incluant la question centrale de l’équilibre stratégique ou de la préservation d’une parité nucléaire et balistique entre la Russie et les Etats-Unis.
La Russie a l’impression que l’administration Obama pourrait en fin de compte n’avoir d’autre choix que d’abandonner (ou au moins mettre en sommeil) le programme de bouclier antimissile, puisqu’elle éprouve des difficultés pour mobiliser des fonds pour un projet aussi énorme. Alors, pourquoi la Russie devrait-elle aller vers un compromis lorsque le projet étasunien de déploiement du bouclier antimissile pourrait entièrement se ramasser, comme une pomme pourrie qui tombe de l’arbre ? C’est judicieusement pensé.
Pour s’en assurer, les Russes n’ont pas bougé sur la question nucléaire iranienne. Non seulement ils poursuivent la mise en service de la centrale nucléaire de Bushehr, mais ils négocient la fourniture sur le long terme du carburant nucléaire nécessaire à cette centrale.
Aussi, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a-t-il déclaré la semaine dernière : « [Le] camp américain devrait rejoindre la position des ‘Six [sur l’Iran]’ [les membres permanents du Conseil de Sécurité de l’Onu plus l’Allemagne], non seulement sur le papier, mais aussi dans des pourparlers avec l’Iran, tels que proposés par les six… En cause, il y a également l’implication de l’Iran sur une base d’égalité appropriée dans les efforts pour résoudre les conflits irakien et afghan, de même que tous les aspects d’un règlement au Proche-Orient. »
Même sur la question de la livraison par la Russie de missiles à longue portée à l’Iran, Lavrov a répliqué que tandis que la Russie prend pleinement en compte les préoccupations étasuniennes et israéliennes, « Ces questions… sont décidées exclusivement selon la loi russe et les obligations nationales de la Russie… Nous fournissons des armes de défense non déstabilisatrices.
Durant sa visite en Allemagne, le président influent de la commission des affaires étrangères du parlement iranien, Alaeddin Broujerdi, a exclu catégoriquement toute aide de la part de l’Iran concernant le transit des approvisionnements de l’Otan en Afghanistan.
Une route de transit en Iran pour l’Otan aurait réduit de façon significative la dépendance croissante des pays de l’Otan vis-à-vis du couloir septentrional qui traverse le territoire russe.
Les puissances européennes majeures comme l’Allemagne seront à présent hostiles à toute manœuvre de la part de l’OTAN qui pourrait provoquer la Russie, comme l’expansion de l’alliance ou la question du bouclier antimissile.
Cela pave en même temps la voie à la Russie pour qu'elle joue un plus grand rôle dans la stabilisation de l’Afghanistan, ce qui convient évidemment à l’Iran.
Selon Lavrov, la Russie et les Etats-Unis considèrent désormais que leur « objectif commun » est de stabiliser la situation afghane. Deuxièmement, ces deux pays sont intéressés par une « coopération pratique ». Troisièmement, ils développeront maintenant « de nouveaux espaces de coopération » sur le problème afghan
Le compromis russo-américain sur les conférences afghanes semble faire en sorte que les ordres du jour des deux conférences ne se télescopent pas
Tout compte fait, la Russie parvient à s’établir comme partenaire clé des Etats-Unis en Afghanistan grâce à la poursuite de la coopération avec l’Otan sur les routes de transit.
Surtout, la Russie retourne en Afghanistan par la grande porte après une absence de deux décennies.
. Il semble que la Russie ne verrait aucun inconvénient à ce que l’OTAN réussisse à éviter une défaite en Afghanistan.
L'Ambassadeur M K Bhadrakumar a servi en tant que diplomate de carrière dans les services extérieurs indiens pendant plus de 29 ans. Parmi ses affectations : l'Union Sovétique, la Corée du Sud, le Sri Lanka, l'Allemagne, l'Afghanistan, le Pakistan, l'Ouzbékistan, le Koweït et la Turquie.
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