La facture de la crise dépasserait 4 000 milliards ALP
La facture de la crise dépasserait 4 000 milliards de dollars pour la finance mondiale
Les dépréciations d'actifs dues à la crise pourraient coûter 4 054 milliards de dollars au système financier planétaire sur la période 2007-2010, selon le "Rapport sur la stabilité financière dans le monde" publié, mardi 22 avril, par le Fonds monétaire international (FMI).
La "facture" se chiffrerait à 2 712 milliards de dollars pour le secteur financier (banquLe Fonds monétaire international (FMI) a choisi de hisser le drapeau rouge en publiant, mardi 21 avril, son Rapport sur la stabilité financière dans le monde : les dépréciations d'actifs dues à la crise pourraient coûter 4 054 milliards de dollars (3 140 milliards d'euros) au système financier planétaire, que les actifs en chute libre aient été émis par les banques américaines ou qu'ils l'aient été par leurs consoeurs du reste du monde. Le secteur financier d'outre-Atlantique y perdrait 2 712 milliards de dollars, l'Europe (zone euro et Royaume-Uni) 1 193 milliards et le Japon 149 milliards.
Cette annonce n'est pas comparable à celle du 8 avril 2008 où le FMI avait prédit une dépréciation d'actifs de 945 milliards "seulement". Celle-ci était alors limitée aux titres émis par les banques américaines.
Mais, même dans ce périmètre plus réduit, le Fonds a régulièrement revu à la hausse les dégâts redoutés, puisque ce chiffre passait à 1 400 milliards de dollars en octobre 2008, à 2 300 en janvier, pour aboutir aux 2 712 milliards d'aujourd'hui. Selon le FMI, les banques supporteront les deux tiers de ces pertes et, sur ceux-ci, il leur faut encore accepter d'en reconnaître les deux tiers.
Pour donner la mesure des efforts financiers nécessaires pour recapitaliser ces banques et indiquer "la gravité du problème", le Fonds a élaboré deux scénarios de remise à flots.
Le premier consisterait en un rétablissement du ratio fonds propres sur actifs d'avant la crise, soit 4 % ; il nécessiterait que soient injectés dans les banques américaines 275 milliards de capitaux, dans celles de la zone euro 375 milliards, dans celles du Royaume-Uni 125 milliards et dans celles du reste de l'Europe 100 milliards.
Le deuxième scénario plus ambitieux qui rétablirait le ratio à son niveau des années 1990, soit 6 %, les capitaux requis seraient de 500 milliards aux Etats-Unis, 725 milliards dans la zone euro, 250 milliards au Royaume-Uni et 225 dans les autres pays d'Europe.
MISE EN OEUVRE IMMÉDIATE
Si le FMI a publié ces chiffres qui donnent le vertige, c'est que le nettoyage bancaire ne lui semble pas en bonne voie. Lors du sommet du G20 à Londres, le 3 avril, les chefs d'Etat et de gouvernement ont dit qu'ils allaient s'atteler à cet assainissement sans lequel la reprise tardera.
Mais rentrés chez eux, ils traînent les pieds pour mettre en place des solutions qui hérissent leur opinion publique et leurs parlementaires. Aux Etats-Unis, l'administration Obama ne sait comment s'y prendre pour persuader un Congrès hostile aux banques fautives qu'il faut tout de même les aider à redémarrer et qui se voit accusée de vouloir les nationaliser quand elle propose un partenariat public-privé pour reprendre leurs actifs "toxiques".
Les banques françaises n'ont toujours pas toutes inscrit dans leurs livres les dépréciations d'actifs réellement enregistrées et Nicolas Sarkozy est hostile à un cantonnement des actifs "pourris" dans une bad bank, tant les risques politiques sont grands pour le pouvoir de se voir accusé de brader ces actifs difficilement vendables.
En Allemagne, le gouvernement d'Angela Merkel tarde à se décider, car il redoute de violer l'orthodoxie financière et surtout d'avoir à faire payer aux contribuables les imprudences commises par les banques...
Les solutions existent pourtant, selon le FMI. Liquidités suffisamment abondantes, recapitalisation des institutions viables, dépôt de bilan des établissements trop malades, bad bank et nationalisation s'offrent aux gouvernements et, souligne un haut cadre du Fonds, "nous sommes "agnostiques" en la matière !". C'est-à-dire que le FMI laisse aux pays le soin de choisir les instruments correspondants à leur histoire et à leur sensibilité.
José Vinals, directeur de la division des marchés financiers au FMI, le confirme. "Quand il faut plus de capital, idéalement, nous aimerions que ce capital vienne du marché", a-t-il déclaré à l'occasion de la présentation du rapport, mais "il y a des cas où c'est impossible".
Le Fonds est persuadé, pour avoir analysé 122 crises, que celles qui débutent dans la finance - comme l'actuelle - sont les pires et les plus longues. Peu lui importe donc la solution, pourvu qu'elle soit mise en oeuvre immédiatement.es, mais aussi assureurs, fonds de pension...) aux Etats-Unis, à 1 193 milliards de dollars en Europe (zone euro et Royaume-Uni) et à 149 milliards de dollars au Japon.
Alain Faujas
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04/22/la-facture-de-la-crise-depasserait-4-000-milliards-de-dollars-pour-la-finance-mondiale_1183726_1101386.html
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Cette crise est le résultat de l'absence totale de régulation et de la connivence entre financiers et politiques"
'Sil fallait faire une caricature d'un golden boy de Wall Street à l'avidité démentielle, Jordan Belfort, ancien trader à New York qui a purgé vingt-deux mois de prison pour fraude financière, s'imposerait.
Dans son ouvrage Le Loup de Wall Street (Max Milo, 601 pages, 24,90 euros) bientôt adapté au cinéma par Martin Scorsese, ce financier retiré des affaires se repent. Il raconte son histoire, sa soif de reconnaissance, son ascension puis sa chute. Avant les "affaires" Kerviel et Madoff, il dépeint un monde décadent où règnent argent, drogue et malhonnêteté.
Vous décrivez un univers financier dont les pratiques sont à la limite de la légalité. Votre histoire est-elle romancée ?
Tout ce que je dis est vrai. Cette histoire est la mienne. J'avais 23 ans quand je suis arrivé à Wall Street, et je n'avais pas dans l'idée de frauder. J'ai même été choqué par ce que j'ai découvert. Dans ce milieu, la frontière entre ambition et cupidité est ténue, et il est fréquent de dépasser les bornes. Si 90 % des gens sont honnêtes, 10 % ne le sont pas.
Que voulez-vous dire ?
Quand je suis entré chez L.F. Rothschild, j'ai découvert un monde délirant où les traders étaient les maîtres de l'univers et la consommation de cocaïne une pratique courante. Le seul objectif était de faire de l'argent. Ce que l'on nous demandait c'était de vendre des actions à tout prix. Quitte à offrir aux investisseurs des garanties qui n'étaient que verbales. Appelez ça des mensonges si vous voulez.
A vous lire, ces dérapages étaient monnaie courante dans la plupart des établissements...
Oui. Ce qui se faisait n'était pas tout à fait illégal mais amoral.
Pour quels motifs avez-vous été condamné ?
J'ai créé une société qui s'occupait de lever des capitaux pour des entreprises, de les introduire en Bourse et de vendre des actions à des investisseurs. J'étais assez doué pour les affaires, je gagnais 50 millions de dollars par an, 1 000 personnes travaillaient pour moi. J'ai transgressé les règles, j'ai manipulé des cours de Bourse et je l'ai fait à grande échelle. J'ai utilisé les possibilités de dissimulation offertes par les paradis fiscaux et j'ai placé de l'argent en Suisse.
Comment expliquer que la SEC, le gendarme des marchés, ait mis dix ans à vous épingler ?
L'incompétence et l'inefficacité de la SEC ne sont plus à démontrer. Elle s'est couverte de ridicule. Ma fraude n'était pas facile à détecter mais il suffisait d'enquêter. A la SEC, le problème est que le personnel ne reste pas assez longtemps pour boucler une enquête.
Pensez-vous, au même titre que le financier new-yorkais Bernard Madoff, symboliser les dérives de la finance ?
Oui, j'incarne sans doute ces excès. Mais ma fraude a conduit à faire perdre de l'argent à des personnes très riches. Aujourd'hui, les montants n'ont plus rien à voir. Un fraudeur peut ruiner tout un pays comme l'Islande.
La crise était-elle inévitable ?
Cette crise est le résultat de l'absence totale de régulation et de la connivence entre les financiers et les politiques. En passant au gouvernement, d'anciens dirigeants de Wall Street, tels Robert Rubin ou Henry Paulson, ont fait en sorte de limiter la réglementation pour défendre les intérêts de financiers. Ils ont encouragé la spéculation et les banquiers ont, en toute légalité, mené le système au chaos. Mais si quelqu'un avait dit stop, oui, cette crise aurait pu être évitée.
L'administration Obama peut-elle mettre fin à ces excès ?
Oui, nous allons assister à une "rupture éthique", avec plus de morale et de partage des richesses. Mais attention l'histoire se répète.
Propos recueillis par Claire Gatinois et Anne Michel
http://www.lemonde.fr/la-crise-financiere/article/2009/04/22/cette-crise-est-le-resultat-de-l-absence-totale-de-regulation-et-de-la-connivence-entre-financiers-et-politiques_1183913_1101386.html#ens_id=1172969
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