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Publié le samedi 7 mars 2009

[ Samedi 7 mars 2009 ]

La caisse n'investi pas au Québec mais ds Power et ses filiales ALP

Petite histoire de la Caisse de Dépôt et Placement du Québec

Par JP Tellier

 

En fait, seulement 8% des actifs de la Caisse étaient directement investis dans l’économie du Québec. C’était moins que les investissements de la Caisse en Russie !

Cependant, sous la gouverne d’Henri-Paul Rousseau, la Caisse ne négligea pas d’investir dans Power Corporation et ses filiales. Au 31 décembre 2007, la Caisse détenait 4,6 millions d’actions de Power, représentant 187,5 millions de dollars. Elle possédait également des titres dans les filiales de Power, soit Corporation Financière Power (212,9 M$), Pargesa (500 000 $) et Groupe Bruxelles Lambert (5,4M$). La Caisse avait aussi un investissement de 131 millions $ dans Total, la pétrolière française dont Power Corp est le principal actionnaire.

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La Caisse joue un triple rôle: préserver l’indépendance d’action du gouvernement, promouvoir l’économie du Québec et être un instrument d’émancipation dans la perspective de la souveraineté du Québec - ce qui en fait la cible des milieux financiers et des fédéralistes.

Créée le 21 juin 1965 par le gouvernement Lesage pour gérer la caisse de retraite des fonctionnaires, elle a été dès l’origine objet de controverses. Dans l’esprit d’un de ses principaux concepteurs, Jacques Parizeau alors haut fonctionnaire à Québec, elle avait entre autres pour but de mettre fin au chantage que les milieux financiers exerçaient sur le gouvernement du Québec.

À plusieurs reprises, M. Parizeau a rappelé comment la rue St-Jacques avait provoqué la défaite du gouvernement de Maurice Duplessis en 1939. Même après la création de la Caisse, les milieux financiers ont cherché à favoriser l’élection d’un gouvernement fédéraliste, comme lors du coup de la Brink’s en 1970, ou à faire capituler un premier ministre trop nationaliste, comme lorsque la rue St-Jacques a planifié une fausse sortie de capitaux pour obliger Daniel Johnson à signer la Déclaration d’Hawaï dans laquelle il renonçait à son programme « Égalité ou Indépendance ».

Une fois au pouvoir, le ministre des Finances Jacques Parizeau a congédié la firme A.E Ames & Co., alliée de la Banque de Montréal, qui, à la tête du syndicat financier chargé d’écouler les obligations du Québec, cherchait à dicter sa conduite au gouvernement.

M. Parizeau a pu procéder ainsi parce que l’essentiel de la dette de la province était désormais financé par la Caisse de dépôt et d’autres institutions francophones, alors que les institutions financières du Canada boudaient les titres du Québec depuis l’élection de Daniel Johnson en 1966.

Bien entendu, l’existence de la Caisse n’empêche pas les milieux financiers de vouloir intimider les gouvernements. Au lendemain du référendum de 1995, de l’aveu même de Lucien Bouchard, la firme Standard & Poor’s l’a convoqué en secret à New York pour menacer le Québec de décote s’il ne réduisait pas sa dette.

Certains politiciens ne craignent pas d’affronter les banquiers et de résister à leurs diktats. D’autres cèdent. Lucien Bouchard fait partie de la deuxième catégorie. Il a convoqué le Sommet du Déficit zéro dont les mesures ont eu pour conséquence le démantèlement des Partenaires pour la souveraineté.

Dans l’esprit de Jacques Parizeau, la Caisse ne devait pas se cantonner dans le rôle de simple investisseur comme une caisse de retraite ordinaire, mais intervenir activement dans l’économie du Québec. En nommant sur son conseil d’administration des gens comme Alfred Rouleau du Mouvement Desjardins, Pierre Péladeau et Louis Laberge, il amène la Caisse à partir de 1979 à jouer un rôle plus actif dans l’économie du Québec, en conjonction avec les sociétés d’État et d’autres institutions québécoises. Cela donnera le Québec Inc.

La Caisse était également appelé à jouer un rôle crucial dans la perspective d’un référendum gagnant. En 1995, la Caisse se trouve au centre du triangle financier imaginé par M. Parizeau pour soutenir la valeur des obligations du Québec en cas de perturbations. La Caisse, Hydro-Québec et le ministère des Finances accumulèrent à cet effet 17 milliards de réserves liquides. Le Mouvement Desjardins, la Banque Nationale et la Banque Laurentienne, également dans le coup, avaient augmenté leurs liquidités pour un montant de 20 milliards.

C’est ce triple rôle de la Caisse - préserver l’indépendance d’action du gouvernement, promouvoir l’économie du Québec et être un instrument d’émancipation dans la perspective de la souveraineté du Québec - qui en fait la cible des milieux financiers et des fédéralistes.

Les derniers événements nous amènent à nous questionner sur l’indépendance du gouvernement Charest à l’égard des milieux financiers et plus particulièrement de la famille Desmarais. Standard & Poor’s - une firme complètement discréditée aux États-Unis pour avoir coté triple A la compagnie d’assurance American International Group (AIG), Fannie Mae et Freddie Mac - s’invite dans le débat. Puis, c’est au tour de la Chambre de commerce, dirigée par Hélène Desmarais, d’offrir une tribune dorée à Henri-Paul Rousseau, repêché par Power Corporation à la suite de ses déboires à la Caisse.

Bien qu’il n’y ait qu’un coin du voile qui ait été levé, il est évident que la Caisse a été gérée en fonction du nouveau mandat que lui a imposé le gouvernement Charest, soit la recherche du « rendement optimal », tout en investissant le moins possible dans l’économie québécoise.

Lors de la démission d’Henri-Paul Rousseau, un journaliste de La Presse a calculé qu’à peine 15,7% de l’actif total des déposants gérés par la Caisse était détenu au Québec, dont près de la moitié portait exclusivement sur des obligations émises par le gouvernement et des organismes du secteur parapublic. En fait, seulement 8% des actifs de la Caisse étaient directement investis dans l’économie du Québec. C’était moins que les investissements de la Caisse en Russie !

Cependant, sous la gouverne d’Henri-Paul Rousseau, la Caisse ne négligea pas d’investir dans Power Corporation et ses filiales. Au 31 décembre 2007, la Caisse détenait 4,6 millions d’actions de Power, représentant 187,5 millions de dollars. Elle possédait également des titres dans les filiales de Power, soit Corporation Financière Power (212,9 M$), Pargesa (500 000 $) et Groupe Bruxelles Lambert (5,4M$). La Caisse avait aussi un investissement de 131 millions $ dans Total, la pétrolière française dont Power Corp est le principal actionnaire.

Soulignons que la volonté exprimée par le gouvernement et ses alliés fédéralistes d’empêcher la Caisse de s’ingérer dans l’économie du Québec va à contre-sens du courant actuel en faveur d’une intervention musclée des gouvernements dans l’économie.

En France, le président Nicolas Sarkozy, l’ami de Paul Desmarais, vient d’annoncer la création d’un fonds stratégique doté d’un capital de 20 milliards d’euros pour contrer les « prédateurs » qui voudraient s’emparer d’entreprises industrielles stratégiques pour les délocaliser ou pour accaparer leurs technologies. Au coeur de cette intervention du gouvernement français, on retrouve la Caisse des dépôts et des consignations qui a servi de modèle à la Caisse de dépôt et de placement du Québec.

Au Québec, la Caisse n’est pas intervenue et a laissé filer le contrôle de l’Alcan au groupe minier anglo-australien Rio Tinto qui est en voie de passer sous le contrôle du géant public chinois de l’aluminium Chinalco dont c’est un secret de polichinelle qu’il reluque les innovations technologiques de l’Alcan pour ses installations chinoises.

Ce qui est bon pour l’ami de Paul Desmarais en France ne serait donc pas bon pour son protégé québécois Jean Charest ?!

En fait, tout s’explique par la volonté de maintenir le Québec dans un état de domination et de lui enlever les moyens de s’émanciper. Déjà, en 1963, la ministre libérale fédérale Judy LaMarsh s’opposait violemment à la création de la Caisse en déclarant : « La puissance d’un gouvernement possédant autant d’argent serait effarante. En contrôlant les capitaux d’investissement, il serait en position de dominer les affaires. On risquerait de déboucher sur une sorte de national-socialisme, tel qu’il s’exerçait dans l’Allemagne nazie ».1

Même Jean Lesage exprimait ses appréhensions. Il s’en était ouvert, lors de sa création, à Éric Kierans : « Croyez-vous qu’il est vrai, comme certains le disent au Canada anglais, que l’apparition de la Caisse de dépôt et de placement nous met sur la route de l’indépendance de façon inévitable ? »

Éric Kierans avait alors rassuré le chef libéral mais, en 1980, à deux semaines du référendum, le même Éric Kierans démissionnait avec fracas du conseil d’administration de la Caisse en déplorant le manque d’« indépendance » de la Caisse et en qualifiant d’« intolérable l’ingérence toujours croissante du ministère des Finances ». Deux ans plus tard, il reconnaîtra avoir agi de la sorte parce « je ne désirais pas un Oui au référendum ».

Aujourd’hui, la Caisse est en crise par suite de sa gestion néolibérale. Ses opérateurs financiers, excités par la perspective d’alléchants bonis, ont joué l’argent des contribuables sur les places boursières à l’aide de modèles mathématiques aussi « performants » que les logiciels de gestion des pêches et des forêts qui voyaient des poissons et des arbres où il n’y en avait plus.

Il n’en fallait pas davantage pour rameuter les chacals fédéralistes. Ceux-ci - souvent les mêmes qui exigent la privatisation d’Hydro-Québec - reviennent à la charge pour demander le démantèlement de la Caisse.

La partition de la Caisse en plusieurs entités la priverait d’intervenir efficacement dans l’économie du Québec. Elle parachèverait l’opération de déconstruction du modèle québécois dont M. Parizeau a fait le constat lors de son allocution publique du 18 février 2008 à l’occasion des événements entourant la prise de contrôle de la Bourse de Montréal par la Bourse de Toronto.

M. Parizeau avouait que le Québec Inc. dont il avait patiemment contribué à l’édification n’existait plus. Le Mouvement Desjardins s’était allié à la Bourse de Toronto qui avait elle-même signé une entente avec Standard & Poor’s pour faire main basse sur 9% du marché des produits dérivés détenu par la Bourse de Montréal.

Quant à la Banque Nationale, des modifications apportées à Loi des banques par le gouvernement fédéral la rend vulnérable à une prise de contrôle étrangère en permettant à un seul actionnaire d’en détenir 65% des actions.

M. Parizeau ajoutait que si, à l’époque, les opérations simples de la Bourse de Montréal avaient été gérées à Toronto - comme c’est désormais le cas - il n’aurait pas pu, lorsqu’il était ministre des Finances, lancer le Régime d’épargne actions qui a tant contribué à transformer les PME en grandes entreprises québécoises.

La quasi-victoire souverainiste lors du Référendum de 1995 a causé la panique à Ottawa. La réaction des fédéralistes a été à la mesure de leur frousse. À la loi sur la Clarté se sont ajoutés le programme des commandites et les menaces de partition du territoire québécois - le député réformiste Stephen Harper a déposé un projet de loi à cet effet en 1996.

Deux autres leviers du mouvement souverainiste se sont également retrouvés dans leur collimateur : la reconnaissance diplomatique d’une déclaration d’indépendance par la France et le rôle de la Caisse de dépôt. Paul Desmarais s’est chargé de contrer le premier en courtisant assidûment les milieux politiques et culturels français et en prenant Nicolas Sarkozy sous son aile. La prochaine cible est-elle le démantèlement de la Caisse de dépôt et de placement ?

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Pour compléter votre lecture

* Crise à la Caisse de dépôt et placement du Québec

* Crise économique et Caisse de dépôt et placement du Québec

* Pertes de la Caisse de dépôt et placement du Québec

* Caisse de dépôt et placement du Québec

* Jean Charest refuse de justifier les pertes historiques à la Caisse de dépôt et placement

* La Caisse de dépôt du Québec sans conducteur avant 6 mois

 

http://www.ameriquebec.net/actualites/2009/03 /06-petite-histoire-de-la-caisse-de-depot-et- placement-du-quebec.q

[ publié par jeromet le 2009-03-07 16:28:16 ]

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[ Samedi 7 mars 2009 ]

Soudan affrontement Nord-Sud ALP

Tollé contre l’inculpation d’El-Béchir

Chine, Russie, pays arabes, africains et musulmans soutiennent Khartoum.

 

Pendant qu’Omar el-Béchir parade à Khartoum, ses soutiens internationaux donnent de la voix. Le président soudanais a fait sa première apparition publique, hier, depuis l’annonce du mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale (CPI) à son encontre pour «crimes de guerre» et «crimes contre l’humanité au Darfour». Devant plusieurs milliers de supporteurs rassemblés au centre de la capitale soudanaise, le Président a juré qu’il ne se mettrait pas «à genoux devant les colonialistes». «Cela fait vingt ans que nous sommes sous la pression du néocolonialisme et de ses instruments comme la CPI, le Conseil de sécurité des Nations unies et le FMI», a-t-il déclaré entre deux professions de foi musulmanes. Les ONG sont, pour lui, elles aussi les instruments de ce complot. «Les véritables criminels, ce sont les leaders des Etats-Unis et de l’Europe.»

Nord-Sud. El-Béchir a vu juste en se plaçant sur le terrain de l’affrontement Nord-Sud. La géographie de ses soutiens épouse exactement la carte Occident contre le reste du monde. La Chine, la Russie, la Ligue arabe, l’Union africaine, l’Organisation de la conférence islamique ont tous, d’une manière ou d’une autre, exprimé leur désaccord avec la décision des juges de La Haye. Pékin, qui achète deux tiers du pétrole soudanais, demande la «suspension» de la procédure contre Omar el-Béchir. L’article 16 du traité de Rome, instaurant la CPI, permet, en effet, la suspension pour douze mois des poursuites sur décision du Conseil de sécurité de l’ONU. C’est la solution préconisée par l’Union africaine, dont le Conseil de paix et de sécurité s’est réuni hier. L’Union africaine, dont le Soudan est un membre de poids, est particulièrement préoccupée par le sort de ses 12 000 soldats de la paix présents au Darfour dans le cadre de la Minuad. Khartoum a enfoncé le clou en demandant aux Etats africains ayant ratifié le traité de Rome de se retirer de la CPI : «Nous avons assuré nos frères qu’aucun mal n’arrivera à nos frères soldats d’Afrique ou du Moyen-Orient ou d’ailleurs», a promis Khartoum en guise d’assurance.

La Ligue arabe va aussi demander une «suspension» de la procédure. Moscou, qui fait partie, avec Pékin, des principaux fournisseurs d’armes au Soudan, plaide pour une «immunité» du président el-Béchir. La Turquie, l’Afrique du Sud ont exprimé leurs «inquiétudes» ou leurs «regrets». Mais une majorité de 9 voix sur 14 n’est pas pour autant acquise au Conseil de sécurité en faveur de la suspension.

Arsenal. D’autres observateurs s’inquiètent de possibles conséquences sur les relations, déjà tendues, entre le Soudan et le Tchad. Hier, des rebelles tchadiens, soutenus par Khartoum, auraient été repérés à une quinzaine de kilomètres seulement de la frontière. Depuis des semaines, le régime de N’Djamena a massé d’importantes troupes et un vrai arsenal (notamment 3 avions Sukhoï et des hélicoptères de combat) en prévision d’une possible offensive des rebelles. Ceux-ci sont désormais regroupés au sein d’une nouvelle Union des forces de la résistance (UFR) dirigée par Timan Erdimi, frère ennemi du président tchadien, Idriss Déby. Une telle offensive pourrait être une autre façon, pour Khartoum, de riposter à une justice internationale qu’il estime manipulée par les Occidentaux

http://www.liberation.fr/monde/0101513916-tol le-contre-l-inculpation-d-el-bechir

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Les ONG boutées hors du Soudan

Brutale éviction des humanitaires en représailles au mandat d’arrêt lancé mercredi contre le président El-Béchir.

2 millions de déplacés vont se retrouver du jour au lendemain sans aide.

 

 

Les organisations humanitaires le redoutaient, mais la soudaineté de la riposte les a surprises. En représailles au mandat d’arrêt lancé mercredi par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président soudanais Omar el-Béchir, le régime de Khartoum a décidé d’expulser 13 ONG, accusées de collaborer avec la justice internationale. «Nous sommes le maillon faible : notre permis de travail dépendait du bon vouloir des autorités locales qui ont fait l’amalgame entre les associations de défense des droits de l’homme et les ONG humanitaires», déplore le responsable de l’une d’entre elles.

Passeports. Entre 200 et 300 expatriés sont sommés de quitter le pays dans les plus brefs délais. Ils se sont d’ores et déjà vus confisquer leur passeport afin de préparer leur visa de sortie du pays, le matériel informatique et les véhicules de transport ont été saisis par les autorités. «Je n’ai jamais vu une telle brutalité en vingt ans d’expérience de terrain», confie un humanitaire français. Les ONG visées par l’ordre d’expulsion sont parmi les plus actives au Darfour : Médecins sans frontières (MSF), Solidarités et Action contre la faim (ACF), les britanniques Oxfam et Save the Children, les américaines Care ou IRC (International Rescue Comittee).

La conséquence de cette fuite en avant du régime de Khartoum est aussi immédiate que tragique : au Darfour, 2 millions de déplacés vont retrouver du jour au lendemain sans aide. A Kalma, un immense camp qui regroupe à lui seul 90 000 déplacés, les ONG expulsées prenaient en charge l’intégralité de l’aide.

Epidémie. Dans certaines zones très isolées du Darfour, un territoire vaste comme la France, les ONG étaient les seuls soutiens dont bénéficiaient les déplacés. C’était le cas dans le Jebel Marra, assiégé à cause d’une forte présence rebelle. Ou à Niertiti, où MSF tentait d’enrayer une épidémie de méningite. «Nous avions monté un hôpital, le seul de la région, où étaient soignés 80 patients, explique Thierry Durand, directeur des opérations de MSF, joint par téléphone à Khartoum. Expulsée elle aussi, l’association Care distribuait une bonne partie de l’aide alimentaire fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM).

Hier, la Commission européenne a exhorté le Soudan à renoncer à son ordre d’expulsion. Non sans cynisme, le gouvernement soudanais a assuré que le départ des ONG occidentales ne mettrait aucunement en péril les déplacés.

http://www.liberation.fr/monde/0101513917-les -ong-boutees-hors-du-soudan

[ publié par jeromet le 2009-03-07 10:59:45 ]

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[ Samedi 7 mars 2009 ]

Le président soudanais face à la justice internationale ALP

La Cour pénale internationale (CPI) a délivré, le 4 mars 2009, un mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar Al-Bachir. Sa responsabilité pénale individuelle est mise en cause pour crimes contre l’humanité (meurtre, extermination, transfert forcé, torture et viol) et crimes de guerre (le fait de diriger intentionnellement des attaques contre une population civile en tant que telle ou contre des personnes civiles qui ne participent pas directement aux hostilités). Le crime de génocide n’a pas été retenu, faute de « motifs raisonnables de croire que le gouvernement soudanais a agi dans l’intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, les groupes four, massalit et zaghawa ». Cela étant, le mandat pourra être modifié, plus tard, pour inclure cette accusation si des éléments de preuve nouveaux sont apportés.

Les crimes mentionnés auraient été commis pendant une campagne anti-insurrectionnelle menée par le gouvernement soudanais contre le Mouvement/Armée de libération du Soudan (M/ALS), le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) et d’autres groupes armés s’opposant à lui au Darfour, entre avril 2003 et juillet 2008. M. Al-Bashir est accusé d’avoir organisé cette campagne, dont une composante centrale était l’attaque illégale de la partie de la population civile du Darfour, appartenant principalement aux groupes four, massalit et zaghawa, qui était considérée comme proche des groupes armés rebelles. La guerre au Darfour – une région vaste comme la France située dans l’ouest du Soudan – a fait 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés, depuis 2003, selon l’ONU. Khartoum chiffre à 10 000 le nombre de décès liés aux combats… De l’avis de nombreux observateurs, le mandat d’arrêt contre M. Al-Bachir constitue un progrès considérable dans la lutte contre l’impunité.

M. Al-Bachir est en effet le premier chef d’Etat en exercice à faire l’objet d’une telle procédure. C’est précisément l’originalité de la CPI que de prévoir une telle possibilité, qui suspend de fait les immunités diplomatiques. Seul le Conseil de sécurité, pour des raisons liées au maintien de la paix (chapitre VII de la charte de l’ONU), pourrait interrompre les poursuites. Dans ce cas précis, ce serait un revirement puisque c’est le Conseil lui-même qui a demandé au Procureur de la CPI, M. Luis Moreno Ocampo, de mener une enquête.

Les juges de la chambre préliminaire de la CPI demandent à tous les Etats parties au Statut de la CPI et à tous les membres du Conseil de sécurité de l’ONU qui ne sont pas parties au Statut, ainsi qu’à tout autre Etat, de coopérer avec le procureur. Ce qui implique notamment d’arrêter le président soudanais et de le remettre à la CPI si la possibilité s’en trouve. Concrètement, si M. Al-Bachir est protégé dans ces pays, il lui sera difficile de se rendre à l’étranger. Cela dit, les juristes se préparent déjà à trouver dans le statut de la CPI un moyen de permettre à leurs gouvernements d’échapper éventuellement à l’obligation de coopérer, en arguant notamment d’accords bilatéraux avec le Soudan.

En effet, le mandat d’arrêt contre le président soudanais suscite des réactions contrastées. Si, naturellement, les rebelles ont promis de livrer Omar Al-Bachir à la justice internationale, l’armée soudanaise a prévenu qu’elle allait réagir « avec fermeté » contre les partisans de la CPI. Cela fait d’autant plus craindre une aggravation de la situation sur le terrain que le Soudan a annoncé l’expulsion d’organisations humanitaires. L’Afrique du Sud a qualifié jeudi de « regrettable » pour le processus de paix au Soudan le mandat d’arrêt émis à l’encontre du président Al-Bachir. Une opinion partagée par l’Union africaine. Le président sénégalais Abdoulaye Wade regrette quant à lui que les quatre procédures en cours devant la CPI concernent des Africains, quand d’autres criminels courent toujours dans le monde. Pékin aussi a exprimé des réserves. Les Etats-Unis et la Chine, qui n’ont pas ratifié le statut de la CPI, se sont abstenus lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU a demandé des poursuites contre M. Al-Bachir.

Seuls peuvent être poursuivis devant la CPI des personnes dont le pays a ratifié le statut de la CPI ou des personnes accusées de crimes commis sur le territoire d’un Etat signataire. Le Conseil de sécurité peut passer outre ces restrictions au nom du maintien de la paix (chapitre VII de la charte de l’ONU). C’est le cas du Soudan, qui n’a pas ratifié le statut de la CPI – tout comme Israël, les Etats-Unis, la Russie et la Chine (3 membres permanents du Conseil de sécurité sur 5). Cent-huit Etats l’ont ratifié.

La CPI n’est pas la seule juridiction internationale à juger des crimes les plus graves. Il existe le Tribunal pénal international pour la Yougoslavie, le Tribunal pénal pour le Rwanda, le Tribunal spécial pour la Sierra Leone et le Tribunal spécial pour le Cambodge. Ces deux derniers tribunaux ont la particularité d’être à la fois internationaux et nationaux dans la mesure où ils allient des magistrats étrangers et nationaux, dans un souci de rendre la justice au plus près des populations. Pour répondre à cette préoccupation, la CPI n’intervient que si l’Etat n’a pas pu enclencher de poursuites ou ne l’a pas voulu. C’est le cas du Soudan.

L’événement que constitue le mandat d’arrêt contre le président Al-Bachir permettra de tester grandeur nature l’innovation principale de la CPI : la possibilité de poursuivre des chefs d’Etat en exercice.

Anne-Cécile Robert

 

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http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2009- 03-05-Soudan

[ publié par jeromet le 2009-03-07 10:58:25 ]

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