Yves Boisvert
La Presse
Quel est le problème? Le problème, pour moi, en est un de mentalité. La culture judiciaire dominante n'a pas encore intégré l'idée que la liberté de la presse est inscrite dans la Constitution avec des lettres aussi grosses que les autres droits fondamentaux.
Oh, certes, le milieu en reconnaît l'importance de principe. Mais que d'excès commis en son nom! On s'en gargarise tellement, de la liberté de la presse, n'est-ce pas...
Voilà ce qui est à l'oeuvre. Nulle incompétence, nul complot politique, mais une consternante absence de sensibilité à ce sujet.
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À quoi sert de connaître cette source? Polygone veut prouver que le gouvernement fédéral avait connaissance depuis fort longtemps du système frauduleux, et que la poursuite qu'il a entreprise en 2005 pour récupérer les millions versés en trop est prescrite, dépassant le délai de trois ans.
Il est pourtant clair que plusieurs «savaient» au gouvernement. Le directeur de la magouille était un haut fonctionnaire (Guité) ! Plein de gens voyaient des choses. Permettez qu'on vous présente Alfonso Gagliano...
Si on suit le raisonnement de Polygone, un gouvernement corrompu qui deviendrait «propre» après des congédiements ou une élection, serait dans l'impossibilité de poursuivre les fraudeurs parce qu'il «savait» depuis le début. Ceux qui corrompent la fonction gouvernementale ne sont pas «le gouvernement». Et ceux qui profitent des malversations de fonctionnaires n'ont pas d'immunité sous prétexte que quelqu'un de haut placé au gouvernement «savait». Ce serait bien le comble!
La «connaissance» de la magouille, ce n'est pas la connaissance de quelques fonctionnaires muselés, ni de complices du système, ni la publication de quelques articles de journaux. C'est la connaissance officielle : la publication du rapport de la vérificatrice générale, en février 2004. La poursuite du gouvernement (sous Paul Martin) contre Polygone et les autres a été déposée 13 mois plus tard, à l'intérieur du délai de trois ans - même si les gestes remontent aux années 90.
La manoeuvre est grosse. Et pourtant, il semble qu'on pourra menacer d'emprisonnement celui qui a exposé le grand scandale politique canadien des 50 dernières années. Tout ça, gracieuseté de Polygone, dont on a vu pendant la commission Gomery quels jolis stratagèmes elle avait employés pour toucher ses millions - on lui en réclame 35.
Y a-t-il vraiment un juge pour signer une telle injustice?
http://www.cyberpresse.ca/opinions/chroniqueurs/yves-boisvert/200902/17/01-828377-daniel-leblanc-pourquoi.php