[ A la pige ]

Publié le jeudi 12 mars 2009

[ Jeudi 12 mars 2009 ]

Rousseau-mensonges, suite et fin ALP

La défense de HPR s’adresse à des croyants naïfs et non renseignés, à qui il tente de faire avaler des couleuvres.

par Pierre Cloutier ll.m

 

 

Il faut faire la distinction - ce que HPR n’a pas fait - entre le PCAA émis par les banques et le PCAA émis par des institutions non bancaires (des tiers). Dans le dossier de la CDPQ, les pertes concernent le PCAA non bancaire et non pas celui émis par les banques. Très important à retenir. Le marché du PCAA non bancaire a commencé en 2002 et le premier promoteur fut une petite compagnie de Toronto, Coventry Capital inc., dans laquelle la CDPQ a détenu entre sa fondation en 1998 et son entrée en bourse en 2006, près de 30% des actions. Les premiers "conduits" mis sur pied par cette compagnie, furent Comet Trust, Gemini Trust, Rocket Trust. (4) En tout et partout, il y a eu 6 promoteurs non bancaires au Canada entre 2002 et 2007, les autres ( 63% du marché des PCAA) étant les banques.

[6] La différence entre le PCAA bancaire et le PCAA non bancaire est importante à 2 niveaux : la première concerne la nature du produit et la deuxième concerne la fourniture de liquidités.

[7] Quand M. Rousseau nous dit que le PCAA était transigé au Canada depuis 1990, qu’il n’avait fait aucun défaut de remboursement, qu’il était coté AAA par DBRS, une agence canadienne, que la Caisse a commencé à utiliser le PCAA en 1997 et que la qualité intrinsèque du produit n’a jamais fait problème au Canada, il mélange délibérément - pour faire diversion - les choux avec les carottes et le PCAA bancaire, celui qui n’a jamais fait problème et le PCAA non bancaire celui qui a fait précisément problème en août 2007.--------------------------------(MENSONGE)-------------------------------------

[8] Au niveau de la nature du produit, le PCAA bancaire est constitué d’actifs provenant de créances conventionnelles détenues par les banques, comme les créances hypothécaires, les cartes de crédits, les prêts étudiants etc., qui sont beaucoup plus simples à identifier par les investisseurs que les actifs provenant des créances synthétiques que sont les produits dérivés - comme par exemple les swaps (ou contrats d’assurance en cas de défaillances de crédit) qui sont beaucoup plus difficiles à évaluer par les investisseurs. M. Rousseau savait ou aurait dû savoir cela.

[9] Au niveau de la fourniture de liquidités, qui est au coeur du problème, voici ce que dit Henri-Paul Rousseau à ce sujet :

Le problème survenu en 2007 découlait d’une échappatoire de la réglementation au Canada sur les ententes de liquidité – en anglais, on dirait un loophole. Cette échappatoire a été exploitée par des banques étrangères pour se soustraire à leur engagement de maintenir la liquidité des PCAA lorsqu’il y a eu une perturbation généralisée du marché des PCAA non-bancaires en août 2007. Peu importe leur valeur intrinsèque, les PCAA ne trouvaient plus preneur.

La perturbation des marchés du PCAA a été mondiale. Pourtant, seul le Canada a été confronté à une impasse durable de liquidité. Partout ailleurs, avec l’appui de leurs banques centrales, les banques ont fourni les liquidités nécessaires au maintien du marché des PCAA.

D’ailleurs, depuis la perturbation d’août 2007, toutes les banques faisant affaire au Canada ont adopté les normes internationales appelées Entente de liquidité globale.

[10] Ainsi, selon M. Rousseau, ce sont les banques étrangères qui sont responsables de l’effondrement du marché des PCAA non bancaires parce qu’elles ont profité d’un échappatoire de la réglementation au Canada pour se soustraire à leur engagement. ------------Faux et archifaux.------------- Voyons ce qu’il en est.

[11] En 2004, année où M. Rousseau était en poste, la règlementation canadienne du Bureau du surintendant des institutions financières au Canada a adopté la norme R-5 qui forçait les banques canadiennes promotrices de PCAA à ne pas conclure avec leurs propres conduits ou fiducies des ententes de fourniture de liquidités inconditionnelles à moins de les inclure dans leur bilan et de les soumettre ainsi aux exigences de fonds propres prévues par la réglementation nationale et les accords internationaux de Bâle (Bâle I et II).(5)

[12] Par contre, cette réglementation n’empêchait pas les banques canadiennes de conclure des ententes conditionnelles de fourniture de liquidités, dans certaines circonstances, dont celle spécifiquement prévue de "désorganisation générale du marché". On a appelé cela la clause de type canadien.

 

[15] Les conduits non bancaires auraient pu signer avec les banques étrangères des ententes de liquidité inconditionnelles, mais ils ont préféré, sans doute pour éviter des frais plus élevés, signer des ententes limitées et conditionnelles de type canadien.

[16] Il donc faux d’affirmer comme le fait Henri-Paul Rousseau que ce sont les banques étrangères qui sont responsables du gâchis parce qu’elles auraient refusé d’honorer leur engagement dans le cadre d’un échappatoire réglementaire. Les banques étrangères avaient des contrats en bonne et due forme avec des conduits non bancaires et elles se sont conformées aux contrats.

[17] Ceci est tellement vrai que 2 agences américaines de notation, Standard and Poor’s et Moody’s ont refusé, en 2002, de noter le PCAC canadien, lorsqu’elles ont constaté que les conduits avaient pour la plupart signé avec les banques des ententes de liquidités conditionnelles qui leur apparaissaient insuffisantes et dangereuses.(6) M. Rousseau, comme premier gestionnaire de la CDPQ, la plus grosse institution du genre au Canada, savait ou aurait dû savoir cela.

 

 

[20] Au départ, l’étude du professeur Chant démontre que la structure même du programme du PCAA était fragile et instable parce "que les conduits levaient des capitaux en émettant des billets à court terme à valeur fixe qu’ils adossaient à des actifs à plus long terme, ce qui donnait lieu à une asymétire des échéances, entre leur actif et leur passif.(7) Il ajoute que leur ration de levier était très élevé et que les capitaux propres dont ils disposaient pour offrir des garanties aux porteurs d’effets étaient limités. M. Rousseau savait ou aurait dû savoir cela.

[22] L’excuse de M. Rousseau et de la CDPQ de dire que le produit était fiable parce qu’il était noté AAA est aussi discutable. D’abord il est bon de mentionner que la note R-1 - la note la plus élevée émise par Dominion Bank Rating Service - pour le PCAC ne tenait pas compte de la différence entre le PCAC bancaire faisant appel à des actifs conventionnels et le PCAA non bancaire faisant appel à des actifs synthétiques provenant de produits dérivés.(8).

[23] D’autre part, M. Rousseau savait ou aurait dû savoir que DBRS était en situation de monopole en ce qui concerne le PCAA, qu’elle était non réglementée et qu’elle pouvait se trouver en situation de conflits d’intérêt étant non seulement payée par les conduits pour noter leurs produits, mais également pour leur procurer des conseils. (9)

Conclusion

[24] Quand on regarde le portrait d’ensemble, on peut conclure raisonnablement que M. Rousseau, bien qu’il accepte sa "responsabilité" tente du même souffle de la réduire, en invoquant la crise économique mondiale, ou la tempête parfaite, en transférant une partie du blâme sur la faute des banques étrangères d’honorer leurs engagements, sur la qualité et la fiabilité du produit, sur sa notation par DBRS et sur sa promptitude à agir une fois la crise survenue en août 2007.

[25] Ce qui est passé après août 2007 n’est pas pertinent aux fins de la présente et ne devrait pas constituer une excuse de sa part. Seuls les faits survenus entre 2002 et 2007 doivent être pris en compte.

[26] Ces faits démontrent tout d’abord que le marché du PCAA était un marché profondément instable et fragile qui se serait probablement effondré même en dehors de la crise de confiance survenue en août 2007, à cause de l’asymétrie des échéances. C’est la conclusion à laquelle arrive l’étude du professeur Chant (10) Il était donc déraisonnable et imprudent pour un investisseur important comme la CDPQ d’investir 12,8 milliards$ dans un tel marché, alors que des fonds de grosseur comparable ne l’ont pas fait ou l’ont fait dans une proportion beaucoup plus modeste.

[27] Deuxièmement, il ne faut jamais perdre de vue que la CDPQ avait investi au début des années 2000 des sommes dans le capital-action de Coventree Capital Inc., le premier des 6 promoteurs de PCAA non bancaire au Canada. On parle d’un investissement de l’ordre de 30% entre 2000 et 2006 et de 10% lorsque Coventree est devenue une corporation publique. (12) Il ne faut pas oublier aussi l’entente intervenue entre Coventree et Alter Moneda, une compagnie québécoise, pour la distribution de ces produits au Québec, car la CDPQ - et la BNC - avaient aussi des participations au capital de cette entreprise.(13)

[28] M. Rousseau aura beau dire qu’il ne voit pas là de conflit d’intérêts, mais il n’en demeure pas moins que lorsque la CDPQ investit dans une ou des compagnies comme celles-à, impliquées à fond dans la titrisation (en anglais "securization) et la vente de PCAA non bancaires adossés à des actifs dit synthétiques - pour la plupart- elle devrait normalement avoir accès à des informations complémentaires plus pointues que celles fournies par les notes d’informations ou les rapports d’une agence de notation. La compartimentation des divers intervenants n’est pas une excuse si elle conduit à des résultats aussi dramatiques. La libre circulation au sein d’une entreprise est aussi vitale à la bonne santé de l’entreprise que la libre circulation du sang est essentiel à la bonne santé de l’organisme. Une organisation de l’ampleur de la crise qui investit autant d’argent en si peu de temps dans un marché ne peut surtout pas plaider l’asymétrie de l’information surtout lorsque cette asymétrie provient de l’intérieur de son organisation.

[29] Ceci implique non seulement une connaissance très pointue de la nature du produit mais également une connaissance très pointue des ententes de liquidités conclues entre les conduits mis sur pied par les promoteurs non bancaires comme Coventree et les banques, qu’elles soient étrangères ou canadiennes. Me semble que c’est là l’ABC du métier.

[30] M. Rousseau ne peut pas non plus se réfugier derrière la cote émise par DBRS pour les raisons mentionnées précédemment.

[31] En conclusion, il n’est pas déraisonnable de conclure que la CDPQ présidée par M. Rousseau a fait preuve de négligence grave ou aveuglément volontaire non seulement comme vendeur indirect du PCAA non bancaire, à cause de ses relations privilégiées avec Coventree et Alter Moneda, mais également de négligence grave ou aveuglément volontaire en achetant en quantité considérable et pour un montant astronomique un produit aussi volatile et fragile provenant d’une industrie qu’il l’était tout autant.

[32] Sa défense est cousue de fil blanc. Elle repose sur des faussetés et sur des sophismes, c’est-à-dire des propositions de simple inspection, qui n’ont pas besoin d’être prouvées et qu’il tente de présenter comme vérités évidentes en soi. À vrai dire, la défense de M. Rousseau - en ce qui concerne le PCAA - s’adresse à des croyants naïfs et non renseignés, à qui il tente de faire avaler des couleuvres.

[33] Henri-Paul Rousseau n’aura convaincu personne, particulièrement ceux et celles qui croient que seule une commission d’enquête publique et indépendante et impartiale saura tirer les choses au clair.

 

(1) Voir texte entier de son allocution

http://www.lesaffaires.com/articles/0/services-financiers/2009-03-09

 

 

(2) John CHANT : La crise du PCAA au Canada : incidence sur la réglementation des marchés canadiens. - Une étude préparée à l’intention du Groupe d’experts indépendants sur la réglementation des valeurs mobilières.

http://www.expertpanel.ca/documents/research-studies/The%20ABCP%20Crisis%20in%20Canada%20- %20Chant.French.pdf

 

http://www.vigile.net/Quand-Henri-Paul-Rousseau-veut

[ publié par jeromet le 2009-03-12 15:37:12 ]

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[ Jeudi 12 mars 2009 ]

Rousseau-mensonge,mensonge,mensonge ALP

C'est un mystere de la vie"

PCAA -M Rousseau nous dit qu'il ne sait pas pourquoi la Caisse en avait autant: "C'est un mystère de la vie".

MENSONGE

MENSONGE

MENSONGE

MENSONGE

Les "investissements" de la CDPQ représentent à eux seuls 86% des investissements réalisés au Québec

Les PCAA Québécois ont été créés et mis en marché par le triumvirat CDPQ BQ Nationale et Coventree ( ref Jean Luc Mongrain LCN 12 mars)

1-Il manque Alter-Moneta du Québec qui explique la présence de la BQ Nationale

2- Le triumvirat est l'acteur Québécois et non Canadien (Coventree est un des 6 promoteurs canadiens non-bancaires des PCAA)

3- la Caisse et BQ NAT étaient preteurs ( Coventree et Alter Moneta) et acheteurs

Quand les PCAA ont commencé à ëtre refusé d'encaissement, H.P. Rousseau en a acheté massivement avec notre argent pour tenter de les sauver ( et se sauver aussi, bien sur)

En plus il n'a pas averti le conseil d'administration des difficultés.

A son crédit , il était là lorsque le plan de restructuration des PCAA a été lancé, sous l'Entente de Montréal. Il est d'ailleurs l'instigateur du processus et le rassembleur derrière un projet de transformation qui a évité la disparition instantanée de 32 milliards de dollars sous forme de PCAA. Il a annoncé son départ le jour où la Cour supérieure de l'Ontario devait donner son aval au plan de restructuration.

Le bébé était sauvé, les questions s'en venait....

Jerome

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PORTAIT GÉNÉRAL DU PCAA AU CANADA

[2] L’excellent étude réalisée par le Groupe d’experts indépendants sur la règlementation des valeurs mobilières, présidé par le professeur John Chant, professeur émérite d’économie à l’Université Simon Fraser (Colombie Britannique) et ancien conseiller spécial du gouverneur de la Banque du Canada, nous dresse un portrait assez complet de la crise du PCAA au Canada. Voir la note 1 en bas de page. En cliquant sur ce lien, vous pourrez consulter l’étude.

[3] Campons le décor. En août 2007, 32 milliards de dollars de PCAA ont été gelés parce que certains "conduits" ou fiducies ont été dans l’incapacité de renouveler leurs effets arrivant à échéance. Les conduits touchés représentaient 27% de ce marché, dont la valeur se chiffre à 117 milliards de dollars.

[4] Le coeur de ce marché était (est) constitué par des "promoteurs" et des "conduits". Les conduits sont des fiducies qui possèdent des actifs et émettent du papier commercial en l’adossant à ces actifs. Les promoteurs sont ceux qui mettent sur pied ces conduits, choisissent et gèrent les actifs et organisent la vente du papier commercial qu’ils émettent. Il y en avait 6 au Canada, des institutions non bancaires, dont une, Coventree Capital inc. de Toronto, nous intéresse plus particulièrement, comme nous le verrons plus loin.

[5] En plus des promoteurs et des conduits, les agences de notation de crédit, les distributeurs (courtiers en valeurs et leurs représentants), les fournisseurs de liquidités (certaines banques canadiennes et étrangères) et les fournisseurs d’actifs étaient les autres joueurs de ce marché, du côté vendeur. Du côté acheteur, on retrouvait des institutions financières (comme la Banque Nationale du Canada et le Mouvement Desjardins au Québec), des caisses de retraite (comme la CDPQ), des gouvernements et leurs organismes (comme la Société générale de financement au Québec), des entreprises (comme le Groupe Jean Coutu), des particuliers et autres investisseurs.

[6] Les PCAA étaient constitués d’actifs traditionnels (29%) mais aussi d’actifs dits synthétiques (71%), c’est-à-dire provenant de produits dérivés, dont des "swaps prioritaires plus"(contrats d’échange de flux de liquidités) financés par des emprunts d’une valeur de 17.4 milliards$ (59% de l’ensemble des actifs).

[7] Bien que le secteur financier soit un des plus réglementé au Canada, ce marché était peu réglementé. Du côté vendeur, les promoteurs, les évaluateurs de crédit, les fournisseurs de liquidité (sauf les banques à charte) et les distributeurs n’étaient régis par aucune réglementation étatique. Du côté acheteur, la règle applicables pour certains était (est toujours) la règle de "l’investissement admissible" qui sont des contraintes juridiques et institutionnelles qui varient en fonction des acteurs.

[8] Un des aspects les plus importants de cette absence de réglementation est la dispense de prospectus accordée au Canada (et dans les provinces) par les autorités de surveillance des marchés financiers pour le PCAA, à la condition qu’il soit coté par une agence de notation. Autrement dit, cela équivaut à remettre à une agence de notation privée et non réglementée, un espèce "d’imprimatur" sur le produit qui, joint à la "caution" apparente des fournisseurs de liquidité (les banques), suffisaient à donner à ce produit une valeur "sûre" et sécuritaire pour les investisseurs. Pour le reste, on ne peut pas dire que les intervenants du côté vendeur pêchaient par excès de zèle au niveau de la transparence et de l’information sur le produit. La complexité du produit, l’absence de détails importants sur les circulaires d’information, la présence de nombreux intermédiaires entre les promoteurs et les conduits vendeurs et les acheteurs et bien sûr la cupidité générale ont créé de l’asymétrie au niveau de l’information et de l’obligation de transparence.

[9] L’agence de notation Dominion Bond Rating Service (DBRS) de Toronto s’est retrouvée dans une situation privilégiée dans ce marché lorsque 2 agences de notation américaines (Standard and Poor’s et Moddy’s) se sont retirées parce qu’elles jugeaient que les ententes entre les conduits et les fournisseurs de liquidités (les banques) étaient "suspectes" puisqu’elles étaient soumises pour la plupart à une clause assez mal définie qu’est la "la perturbation générale du marché". Autrement dit, si un "conduit" avait besoin de liquidités, il devait démontrer qu’il y avait une "perturbation générale du marché".

[10] DBRS qui était potentiellement en situation de conflit d’intérêts - comme agence de notation et comme consultante pour les promoteurs - ne s’est pas gênée pour présenter le produit sous son meilleur jour en lui accordant la note la plus élevée (R-1) avec des critères légèrement différents des notes qu’on accorde généralement sur le marché des obligations (ex : AAA). Tout cela a fait en sorte que le produit a été rendu très attrayant pour les investisseurs qui, par contre, avouons-le, ont peut-être, dans certains cas, pêché par aveuglément volontaire.

RUPTURE DU MARCHÉ

[11] En août 2007, le marché s’est effondré. La confiance des investisseurs a été mise à mal par la crise des "subprimes" aux États-Unis, et ils se sont rués pour échanger leurs PCAA et certains conduits ont été incapables d’honorer leurs engagements. Comme ces produits viennent à échéance dans un délai relativement court (30, 60, 90 jours) mais qu’ils reposent sur des créances à longs termes, le système, fragile, s’est écroulé comme un château de cartes. Certains banques sont intervenues pour sauver leur crédibilité, mais cette intervention a été plus néfaste qu’autre chose, transférant les pertes sur les investisseurs.

[12] Même si la crise des surprimes n’avait pas été rendez-vous, l’équipe du professeurs Chant estime que le marché se serait effondré tout de même parce qu’il était fondamentalement instable. À tire d’exemple, une simple augmentation des taux d’intérêts aurait eu le même effet.

LE RÔLE DE LA CAISSE DE DÉPÔT ET PLACEMENT DU QUÉBEC

[13] Le gros problème avec la Caisse de dépôt et placement, quand on regarde le portrait d’ensemble, c’est qu’elle a joué un rôle ambigü et discutable du côté vendeur et du côté acheteur. En clair, c’est comme si une entreprise était à la fois un vendeur et un acheteur d’un immeuble. Un vendeur qui participe au brouillage de l’information et de l’obligation de transparence et un acheteur qui pêche par aveuglément volontaire et qui ne satisfait pas entièrement à son obligation de diligence raisonnable. Voici pourquoi.

[14] La CDPQ s’est liée quelque part au début des années 2000 avec 2 petites compagnies, l’une ontarienne (Conventree Capital inc.) et l’autre Alter Moneta inc (Québec). La première, Coventree était (est) un des 6 promoteurs du PCAA au Canada. La deuxième, Alter-Moneta, était (est) une compagnie spécialisée dans la location et le financement d’équipements.

[15] En 2000, Coventree a conclu une entente avec Alter Moneta pour que cette dernière distribue ses produits au Québec. Jusque là, il n’y a pas de problèmes. Sauf que. Sauf que Conventree a reçu l’aide de la CDPQ pour bâtir à la fois sa réputation et son expertise et Alter Moneta a accepté une participation de la CDPQ et de la Banque Nationale du Canada dans son entreprise.

[16] Lorsqu’en 2006, Coventree est devenue une société publique inscrite en bourse, son prospectus fait était d’une participation de la CDPQ à hauteur de 30% de ses actions.

[17] Donc, on constate objectivement que la CDPQ (et la Banque Nationale du Canada) sont bien présentes du côté vendeur. Cela veut dire qu’il y a des gens à l’intérieur de la CDPQ (et de la BNC) qui ont des intérêts$ à ce que les affaires de Coventree et d’Alter Moneta aillent bien$.

[18] Côté acheteur maintenant. Quand on examine la liste des investisseurs déclarés ayant acheté du PCAA de tierce partie au Canada, publiée dans l’étude du groupe d’experts présidé par le professeur Chant, on constate des choses extrêmements révélatrices et intéressantes.

[19] Si on se fie aux chiffres fournis par l’équipe du professeur du Chant au moment où son étude a été réalisée, on voit le portrait général suivant :

Investissements totaux au Canada : 23,631 milliards$

Investissements totaux au Québec : 15,064 milliards$ (soit environ 65%)

Investissements détaillés au Québec :

* CDPQ : 13,200 milliards$

* Desjardins : 57 millions$

* BCN et filiales : 1 638 milliards$

* Groupe Jean Coutu : 14,9 millions$

* SGF : 137 millions$

* Transat A.T. inc. : 154.5 millions

[20] Si les "investissements" au Québec représentent 65% des "investissements" totaux dans le PCAA au Canada, les "investissements" de la CDPQ représentent à eux seuls 86% des investissements réalisés au Québec et près de 60% des "investissements" totaux au Canada. C’est beaucoup. À titre d’exemple, le Régime de retraite des enseignantes et des enseignants de l’Ontario - qui est un fonds immense - n’a investi que 60 millions dans le PCAA, soit 0,25% des investissements totaux.

CONCLUSION GÉNÉRALE

[20] Allons-y avec "gros bon sens" comme le ferait un "bon père de famille" ou une "bonne mère de famille" et un citoyen conscient, renseigné et responsable.

[21] Se peut-il qu’à l’intérieur de la CDPQ, il y ait des gens qui avaient des intérêts$ très particuliers (bonus$ commissions$ ou autres incitatifs$) à ce que la CDPQ achètent les produits de Coventree ou autres promoteurs canadiens ? Se peut-il que ces gens-là aient fait "la passe" avec l’argent des québécois ? Avec notre argent ?

[22] Se peut-il que ces gens-là soient à la fois très bien renseignés côté vendeur et très bien renseignés côté acheteur en ce qui concerne le produit ?

[23] Se peut-il que,du côté acheteur, ces gens-là ont joué avec le bas de laine des québécois en pratiquant la politique de l’aveuglément volontaire par intérêts$ personnels ?

[24] Se peut-il qu’en agissant à la fois comme vendeurs et acheteurs, ces gens-là en tiraient des bénéfices$ des 2 côtés de la clôture, ce qu’on appele dans le langage populaire "avoir le beurre et l’argent du beurre ?"Tout cela sur notre dos, nous pauvres contribuables citoyens qui allons recevoir bientôt la facture directe ou indirecte. Autrement dit, c’est le bon vieux principe du capitalisme financier qui s’applique : les profits sont privés, mais les pertes sont publiques.

[25] Que la Banque Nationale et son président Louis Vachon s’embarquent dans pareille aventure, à la rigueur on s’en fout si on n’est pas client de la banque. Sauf que. Sauf que, ses clients comme Le Groupe Jean Coutu ou la Société générale de financement, (une société publique qui nous appartient) qui ont dû ou doivent avoir certains problèmes de trésorie, eux ne s’en foutent probablement pas. La BCN, à la suite d’une recommandation d’un comité présidé par André Caillé, a décidé de protéger les "investissements" de Louis Vachon (2 millions$) mais ne l’a pas fait, semble-t-il, pour le GFC et la SGF. La BCN devra vivre avec cela. Mais, nous, comme propriétaires de la SGF, on peut certainement leur demander des comptes. Qu’en pensez-vous ?

[26] En plus, il est permis de poser la question : qu’est-ce que la Société générale de financement vient faire dans ce foutu bordel ? Me semble qu’elle a un rôle très précis et essentiel à jouer au Québec pour ne pas se permettre de s’amuser à jouer au casino ?

[27] Comme sociétaire du Mouvement Desjardins, notre "coopérative" nationale, je me pose également de sérieuses questions. D’abord, il semble que les chiffres du professeur Chant ne soient pas exacts. C’est beaucoup plus que cela. Je ne veux pas entrer dans cet exercice de comptable, mais il semble que le PCAA investi est plutôt de l’ordre de 2 milliards$. Je verrai ce qui se passera lors de la distribution des ristournes annuelles. D’autant plus que je n’ai pas apprécié particulièrement l’attitude du Mouvement dans le dossier de la Bourse de Montréal. On ne peut pas à tout le moins dire que la loyauté québécoise du Mouvement Desjardins était au rendez-vous. Probablement que cette loyauté est devenue avec le temps une légende urbaine.

[28] En clair et en bref, on a assez d’éléments en main pour qu’une commission d’enquête publique se penche sur le dossier pour chercher la vérité et protéger le bien commun et l’intérêt des québécois. Mes intérêts et les vôtres. On l’a fait pour l’affaire des commandites et l’enquête a été bien menée par un juge respectable, compétent et crédible. Je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas la même chose pour ce dossier qui prend de plus en plus des allures de scandale éhonté.

[29] Ce n’est pas une commission parlementaire qui nous satisfera car le processus est trop lié aux intérêts partisans. Seule une commission d’enquête publique et impartiale peut rendre justice aux citoyens québécois.

Pierre Cloutier ll.m

avocat

1 - Voir : http://www.expertpanel.ca/documents/research-studies/The%20ABCP%20Crisis%20in%20Canada%20- %20Chant.French.pdf

 

 

http://www.vigile.net/Caisse-de-depot-et-placement-une

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Rousseau-débit credit

 

Gérard Bérubé

 

 

 

Outre l'ampleur de la perte, qui a étonné lors du dévoilement des résultats de la Caisse de dépôt et placement du Québec, c'est le nombre de secteurs dans lesquels les gestionnaires n'ont pu faire mieux que leur indice de référence. Visiblement, la panique a envahi un navire en définitive sans pilote lorsque la faillite de Lehman Brothers a provoqué l'effondrement généralisé des marchés. Henri-Paul Rousseau n'était pas là lorsque les alarmes se sont mises à activer tous les écrans d'ordinateur. C'était en septembre-octobre.

Henri-Paul Rousseau n'était pas là non plus lorsque, sauf exception, tous les économistes, les analystes et les spécialistes des banques centrales et des grands organismes internationaux croyaient que la récession pouvait être évitée. Cette croyance en un mur étanche séparant Wall Street de Main Street s'est perpétuée jusqu'en décembre.

Par contre, Henri-Paul Rousseau était là lorsque le plan de restructuration des PCAA a été lancé, sous l'Entente de Montréal. Il est d'ailleurs l'instigateur du processus et le rassembleur derrière un projet de transformation qui a évité la disparition instantanée de 32 milliards de dollars sous forme de PCAA. Il a annoncé son départ le jour où la Cour supérieure de l'Ontario devait donner son aval au plan de restructuration. Le jeu des appels devant les tribunaux, orchestré par des entreprises détentrices, a retardé le processus, mais ce mécanisme juridique n'était plus de son ressort.

Purdy Crawford -- embauché par Henri-Paul Rousseau, mais autrement crédible et intègre -- a d'ailleurs donné tout le crédit du succès de l'opération à l'initiateur de l'Entente de Montréal. Un succès qui devrait se traduire, selon le président du comité de restructuration, par une récupération du capital d'au moins 90 %. Sans compter les intérêts versés.

Henri-Paul Rousseau était également là lorsque l'engagement de la Caisse dans les PCAA est venu toucher la barre des 13 milliards. Le poids est énorme, tous en conviennent, même le principal intéressé. Mais son argument d'une rareté des bons du Trésor canadien tient. D'autant que la vigueur des marchés d'avant 2008 ne militait pas en faveur d'un recours à des titres du marché monétaire, qui n'ajoutaient qu'un maigre 0,5 % à un rendement chétif, autrement que pour y stationner très momentanément des liquidités à des fins d'utilisation autres que de placement. Voir sous le recours aux PCAA des intentions de nature spéculative, cela ne tient pas la route dans le contexte euphorique des marchés financiers qui prévalait alors.

L'autre grosse perte est venue des stratégies de couverture contre les risques de change. Là encore, Henri-Paul Rousseau a raison de dire que de telles stratégies de couverture, qui doivent être vues comme des polices d'assurance, sont un jeu à somme nulle sur une longue période. Mais lorsque le dollar canadien change brusquement de tendance et dégringole de 20 % «le temps de le dire», une perte aussi sèche que froide s'ensuit.

Reste la gestion tactique, qui a produit une perte nette de deux milliards. Sous l'administration précédente, le portefeuille de gestion tactique avait également produit une perte, évaluée alors entre 750 millions et 1 milliard, qu'on a dû radier tout en congédiant le gestionnaire. La gestion tactique dans des périodes de renversement brusque de tendance, c'est rarement efficace, comme en témoigne l'effondrement des hedge funds en 2008.

Il est également reproché à la Caisse d'abuser de l'effet de levier en recourant à la dette, une stratégie également largement utilisée sous l'administration précédente et qui se justifie, lorsqu'il n'y a pas d'abus, par la taille de la Caisse, qui lui permet d'obtenir un taux de financement avantageux.

Mais de là à conclure à une frénésie spéculative... Un grand gestionnaire d'une autre institution a déjà rappelé que la Caisse, contrairement aux Omers et Teachers, peut être incitée à délaisser une approche ultraconservatrice parce qu'elle ne gère que l'actif. L'autre partie de l'équation, le passif, tombe sous la responsabilité de ceux qui dictent leur politique de placement à la Caisse, et qui exigent du rendement.

 

http://www.ledevoir.com/2009/03/12/238700.html?fe=6356&fp=400691&fr=137586

[ publié par jeromet le 2009-03-12 13:08:24 ]

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