[ A la pige ]

Publié le dimanche 1 mars 2009

[ Dimanche 1 mars 2009 ]

Sabotage des médias ALP

L'électeur veut de la substance, mais est saboté par les médias.

 

Pas de questions de fond

Aux yeux des médias, la valeur d'un engagement se calcule uniquement en millions de dollars.

 

 

-----

 

En campagne électorale - L'accessoire l'emporte sur la substance

Dr Réjean Hébert, Ex-candidat du Parti québécois dans Saint-François

 

 

J'ai récemment vécu ma première campagne électorale à titre de candidat. Bien que le résultat n'ait pas été favorable pour moi, j'en retire néanmoins une grande satisfaction et plusieurs enseignements.

J'ai beaucoup appris; les rouages de l'organisation politique bien sûr, mais aussi la maîtrise de dossiers importants pour les électeurs de ma circonscription. C'est surtout le contact chaleureux avec la population.

Ce qui m'a néanmoins surpris et déçu, c'est la difficulté en campagne de tenir des débats de société importants. C'est l'éphémère première ministre canadienne Kim Campbell qui avait été honnie après avoir déclaré en 1993: «Une élection n'est pas le moment pour discuter des affaires sérieuses.»

Mon expérience récente m'incite malheureusement à conclure qu'elle avait raison. Pour moi, un scientifique qui entrait en politique pour défendre un certain nombre d'idéaux (maintien du système public de santé, priorité au médecin de famille et au soutien à domicile, place des aînés), c'est un constat désolant. Et ce n'est pas parce que les candidats et les partis sont dépourvus d'idées et ne souhaitent pas les débats, mais parce que les discussions de fond ne sont pas permises sur la place publique, essentiellement gérée par les médias.

D'abord, j'ai appris que, dès que l'on est candidat, on perd son droit de parole dans les journaux. Impossible de publier une lettre d'opinion, c'est la règle, m'a confirmé un éditeur d'un grand journal national. Aussitôt l'élection terminée et ma défaite consommée, je retrouvais mon droit de parole; un peu tard pour influencer le choix des électeurs... J'ai quand même tenté d'utiliser mon site Internet pour faire valoir des idées, mais ce mode de communication est encore peu utilisé par les électeurs au Québec.

Le traitement médiatique est de plus dominé par la soi-disant règle d'égalité apparente des médias envers les partis politiques. Si vous faites un point de presse et que votre adversaire n'a rien à dire cette journée-là, eh bien votre annonce tombera à plat ou ne sera pas couverte. Une règle qui ne trompe cependant personne quand on voit que, tout au long de la campagne, le Parti libéral de Jean Charest a toujours devancé largement les deux autres partis sur les plans du temps et de l'espace média.

Au niveau national

C'est pire au niveau national. J'ai eu l'occasion de suivre la caravane de Pauline Marois à deux reprises pendant la campagne. Lorsque les annonces en santé ont été faites, aucune question de fond sur les orientations du Parti, mais une question piège sur la mise à la retraite des médecins et infirmières en 1997 (sic). Et c'est cette dernière qui a fait les grands titres, occultant tout le programme du Parti en matière de santé.

Même chose sur les aînés, où les médias étaient obsédés par la valeur monétaire de nos engagements en matière de soutien à domicile et non par la substance de notre programme, notamment la mise en place d'une politique des aînés. Une chose est sûre, aux yeux des médias, la valeur d'un engagement se calcule uniquement en millions de dollars. Pas étonnant que la population trouve les partis politiques irresponsables de jeter ainsi les millions, mais c'est le seul moyen de capter l'attention de la presse. Pourtant, plusieurs enjeux majeurs de notre société (avortement, euthanasie, droit aux soins à domicile, caractère public du système de santé, pénurie de professionnels) n'impliquent pas nécessairement d'investissements importants et sont ainsi marginalisés.

On se retrouve donc avec des campagnes centrées exclusivement sur les chefs, qui doivent plutôt se préparer à lancer des millions, à réagir à l'actualité ou encore à répondre aux annonces ou aux gaffes des adversaires. La substance du programme et la contribution des autres candidats sont complètement évacuées.

Un autre exemple: il fut impossible d'attirer l'attention des médias sur la situation désastreuse de l'agriculture dans mon comté. Personne ne s'est présenté lors du point de presse à ce sujet chez un producteur. Lors de la deuxième visite de Pauline Marois dans le comté, nous avons choisi ce sujet pour attirer enfin l'attention du public sur notre programme en agriculture. Les journalistes nationaux de la caravane ont assisté à notre présentation, mais les questions ont toutes porté sur d'autres sujets qui préoccupaient davantage la presse. Résultat: pas un mot sur l'agriculture dans les journaux et les médias électroniques. Et comble d'ironie, certains électeurs m'ont fait remarquer que mon parti et moi ne nous étions pas prononcés sur ce sujet...

Il est grandement temps de revoir nos façons de faire tant dans les partis politiques que dans les médias. Le public a besoin d'information pour faire un choix éclairé en temps d'élection. Une campagne électorale devrait être un moment fort pour réfléchir sur l'avenir de notre nation et sur les meilleures personnes pour le porter. Une élection doit redevenir un moment pour discuter des choses sérieuses.

http://www.ledevoir.com/2009/02/20/234880.htm l

---------------

[ publié par jeromet le 2009-03-01 12:12:14 ]

[Permalien]   [ Ajouter un commentaire ] [ ]



Un blogue Actualité / Politique / Société par Mon Blogue.com