Guy Taillefer
Le budget fédéral livrant ses secrets à petites doses, on apprend que les 17,5 millions supplémentaires que le gouvernement Harper a versés au programme de bourses d'études supérieures géré par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSHC) devront obligatoirement être consacrés à des diplômes «liés aux affaires». Exit les sociologues et les philosophes... Et peu importe si cette nouvelle exigence politique ne favorisera au final qu'une fraction d'étudiants. Le Canada atteindra à sa perfection, suivant la logique conservatrice, le jour où ses citoyens formeront enfin une belle et grande famille entrepreneuriale.
Cette tendance infectieuse à vouloir brancher le plus directement possible l'université sur le marché du travail ne date évidemment pas d'hier. Il va de soi qu'ils sont en partie interconnectés. Il y en a par contre parmi nous qui trouvent que l'université mérite aussi qu'on l'encourage à creuser et à transmettre un savoir qui échappe aux schémas du «technicisme» ambiant.
Stephen Harper est à la tête d'un gouvernement qui donne des signes probants d'insensibilité à l'invention culturelle, intellectuelle et scientifique. L'injonction faite au CRSHC est d'autant plus éprouvante qu'elle est accompagnée dans le budget déposé fin janvier aux Communes de réductions de plus de cent millions sur trois ans des sommes versées aux trois grandes institutions subventionnaires fédérales en matière de recherche scientifique et médicale. Concurremment, la décision d'Ottawa de ne rien verser cette année à Génome Canada, qui soutient 33 projets de grande envergure, a été accueillie avec une telle incrédulité au sein de la communauté scientifique que celle-ci a cru, au départ, à un oubli de la part de Jim Flaherty... «Le ministre envoie indubitablement le message que la science est sans importance dans l'économie canadienne», écrivait récemment en éditorial le Journal de l'Association médicale canadienne.
Choix budgétaires à courte vue, bien entendu: d'abord, les projets de Génome Canada donnent à eux seuls du travail à 2000 personnes. Ensuite, Ottawa a pris la décision absurdement disproportionnée de diminuer les budgets de recherche tout en augmentant massivement ceux destinés à l'amélioration des infrastructures des universités. Enfin, il risque de provoquer une fuite des cerveaux, mettant en péril plusieurs années fructueuses de recrutement de chercheurs de haut niveau, alors que le président Barack Obama, qui sera officiellement de passage demain à Ottawa, a inclus dans son plan de stimulation économique une somme de 3,9 milliards $US aux fins de la recherche médicale.
Les conservateurs ont le courage de leurs convictions, ce qui est en l'occurrence bien dommage. Pire encore est le fait qu'ils sont totalement imperméables au tollé que leurs décisions provoquent. On espère que l'électorat canadien -- et le système parlementaire dans lequel il lui faut choisir son gouvernement -- ne leur donnera jamais de majorité.
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gtaillefer@ledevoir.com
http://www.ledevoir.com/2009/02/18/234437.html
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Le temps est venu de favoriser la recherche
Marc Garneau, Député de Westmount-Ville-Marie, porte-parole libéral pour l'industrie, les sciences et la technologie
http://www.ledevoir.com/2009/02/20/234917.html
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