[ A la pige ]

Publié le mercredi 18 février 2009

[ Mercredi 18 février 2009 ]

Le triangle Obama-Harper-Ignatieff ALP

Chantal Hébert

 

La visite éclair jeudi du président Barack Obama à Ottawa donnera-t-elle un nouveau souffle à la relation canado-américaine, et, par ricochet, au gouvernement de Stephen Harper?

Ce qui est certain, c'est que le front canado-américain offre au premier ministre sa dernière meilleure chance de recentrer son second mandat autour d'un chantier digne de ce nom. Sur tous les autres fronts, la combinaison de deux crises, parlementaire et économique, a eu raison de son élan.

Il n'est guère de principes conservateurs sur lequel le gouvernement n'ait été forcé de marcher ces derniers mois. La présence de 18 sénateurs nommés à la Chambre haute et le retour en force des déficits budgétaires en témoignent.

Ceci expliquant cela, Stephen Harper n'a jamais autant eu l'air d'un premier ministre qui se cherche que depuis la rentrée parlementaire. Il y a du flottement dans les rangs de sa formation; certains ont commencé à faire publiquement le deuil de son leadership.

***

Dans des circonstances analogues, en 1986, Brian Mulroney avait redonné de l'élan à son gouvernement en lançant le projet de traité de libre-échange canado-américain. Certains des architectes de l'opération ont repris du service en vue de la visite du président Obama et le gouvernement a abondamment télégraphié ses intentions en prévision de l'événement.

Comme le répétait le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, encore la semaine dernière, on rêve, dans les officines fédérales, d'arrimer autosuffisance énergétique nord-américaine et lutte contre les changements climatiques dans le cadre d'un nouveau partenariat Canada-États-Unis.

C'est un vaste programme pour un premier ministre dont l'espérance de vie politique se calcule sans doute en mois plutôt qu'en années et dont le principal interlocuteur est mobilisé, comme lui, par une tourmente financière d'une ampleur historique.

Contrairement à Brian Mulroney, Stephen Harper n'a pas le luxe d'un horizon de deux ou trois ans pour exécuter son projet. Par contre, il dispose de deux atouts sur lesquels son prédécesseur ne pouvait pas compter.

Le premier, c'est l'immense popularité canadienne du président Obama, susceptible d'ouvrir bien des esprits, normalement fermés à toute proposition émanant d'un gouvernement fédéral conservateur et impliquant les États-Unis.

L'autre, c'est la présence à la tête du Parti libéral du chef le plus pro-américain de l'histoire récente de cette formation. Cette dernière donnée constitue une rupture importante par rapport au passé.

Au Canada, le courant pro-américain est minoritaire et c'est un euphémisme de dire que le Parti libéral du Canada, dans son incarnation moderne, n'y a jamais été associé.

En 1988, John Turner avait pris les armes contre le traité canado-américain de Brian Mulroney. David Peterson, le premier ministre libéral de l'Ontario de l'époque, et les forces vives du parti dans cette province avaient joué un rôle central dans la campagne anti-libre-échange.

En 1993, Jean Chrétien était arrivé au pouvoir en promettant de renégocier l'ALENA et en insistant sur sa volonté d'instaurer davantage de distance entre son bureau et la Maison-Blanche. Ces deux engagements, qui n'ont finalement pas survécu au test de la réalité, témoignent néanmoins de l'humeur libérale ambiante envers les États-Unis.

Dix ans plus tard, la décision de ne pas participer à la guerre en Irak a fait consensus au sein du PLC bien avant de faire consensus dans l'électorat. Deux ans plus tard, Paul Martin renonçait à participer au bouclier antimissile américain sous les pressions de la base militante libérale.

De tous les attributs de Michael Ignatieff, ses atomes crochus avec les États-Unis et l'ouverture qui en résulte sont ce qui le distingue le plus de ses prédécesseurs. Il a même ses entrées à la Maison-Blanche, ce que Stephen Harper n'a jamais eu, même du temps de George W. Bush.

***

De passage à Montréal en janvier, M. Ignatieff a lourdement insisté sur l'importance stratégique des sables bitumineux de l'Alberta pour le Canada. Devant les étudiants au MBA des HEC, il les a décrits comme un atout majeur dans la manche du Canada par rapport aux États-Unis et un élément susceptible de changer le rapport de force entre les deux pays. C'est une déclaration qui ne serait jamais sortie de la bouche de Stéphane Dion. Elle laisse présager une volonté, sinon de changer la culture libérale fédérale, tout au moins de réaligner cette formation dans le débat canado-américain. Dans le cabinet fantôme de Michael Ignatieff, le critique à l'environnement cumule la tâche de critique à l'énergie. David McGuinty est également le frère du premier ministre libéral de l'Ontario. Si Stephen Harper sème l'idée d'un partenariat énergie-environnement entre le Canada et les États-Unis jeudi, on peut raisonnablement s'attendre à ce que Michael Ignatieff cherche à la faire fructifier.

Et l'on ne doit pas s'attendre à ce que, sous son leadership, la coalition anti-libre-échange à forte saveur libérale de la fin des années 80 resurgisse de ses cendres pour s'y opposer.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

chebert@star.ca

http://www.ledevoir.com/2009/02/16/234039.htm l

-----------------

[ publié par jeromet le 2009-02-18 19:21:25 ]

[Permalien]   [ Ajouter un commentaire ] [ ]

[ Mercredi 18 février 2009 ]

Le Canada sera dans l'ombre d'Obama ALP

Le Canada sera dans l'ombre d'Obama, selon des groupes écologistes

La Presse canadienne

 

Ottawa -- Si le Canada ne change pas de cap, il fera mauvaise figure par rapport aux États-Unis en ce qui concerne les changements climatiques et d'autres enjeux environnementaux, dénoncent des groupes écologistes.

À l'approche de la première visite de Barack Obama au Canada, demain, les organisations écologistes tentent d'attirer l'attention sur les enjeux environnementaux.

Ils estiment que la volonté du président Obama de resserrer les réglementations en matière d'environnement, tant pour les émissions de gaz à effet de serre (GES) que pour les normes automobiles, feront bientôt paraître le programme du gouvernement conservateur comme étant affreusement faible.

En premier lieu, les écologistes déplorent qu'en comparaison au plan canadien, le plan de relance du président étasunien prévoit déjà cinq fois plus d'argent par habitant pour l'énergie renouvelable et des projets verts.

«Nous avons bon espoir qu'à l'occasion de la rencontre, le premier ministre prendra conscience du gouffre qui se forme entre le sérieux de l'action qu'entreprennent les États-Unis pour s'occuper des changements climatiques, sous le président Obama, et ce que nous avons vu au Canada», a affirmé Matthew Bramley, de l'Institut Pembina.

Et même si la mise sur pied d'un futur système de plafonnement et d'échange des émissions polluantes entre le Canada et les États-Unis fait l'objet de pourparlers -- une possibilité à laquelle le gouvernement conservateur a admis réfléchir --, le porte-parole d'Équiterre, Steven Guilbeault, a souligné que le Canada était encore bien loin d'atteindre les cibles des États-Unis.

Le plafond d'émissions de GES imposé par le Canada n'est pas très sévère et le pays base ses cibles de réduction sur l'année 2006, tandis que l'administration Obama se réfère à l'année 1990, comme le prescrit le protocole de Kyoto.

De plus, le gouvernement conservateur n'a toujours pas imposé de réglementation concernant les GES. Le commissaire fédéral à l'environnement a d'ailleurs mis en doute, la semaine dernière, les mesures que le gouvernement entend adopter pour réduire les émissions polluantes de 20 % d'ici 2020.

http://www.ledevoir.com/2009/02/18/234480.htm l

--------------

Si Obama a en commun avec le premier ministre sa quarantaine et un statut de père de deux jeunes enfants, il s'en distingue par son approche rassembleuse et, sur le plan économique, interventionniste. À l'opposé, Michael Ignatieff a en partage une famille politique plus centriste. Il a déjà ses entrées à la Maison-Blanche. À l'université Harvard, il s'est lié d'amitié avec Larry Summers, aujourd'hui principal conseiller économique du président, et Samantha Power, qui siège au National Security Council. L'époux de cette dernière, Cass Sunstein, également un ami, est pressenti pour aller à la Maison-Blanche.

---------------

Stephen Harper doit faire face au nouveau président sans bénéficier d'une politique étrangère clairement articulée. Il était d'ailleurs frappant, la semaine dernière, d'entendre à Ottawa les anciens premiers ministres Paul Martin et Joe Clark parler de politique étrangère avec profondeur et cohérence alors qu'on attend toujours l'équivalent de la part du gouvernement actuel.

Diplomatie et reconstruction (ce qui englobe la formation de la police, la justice, l'éducation, la santé) sont deux avenues, mais encore faut-il y avoir réfléchi et avoir un plan cohérent à suggérer. Et encore faut-il croire à la diplomatie.

Stephen Harper a voulu garder le contrôle de la politique étrangère en nommant toujours des néophytes à la tête du ministère des Affaires étrangères. Des Peter MacKay, Maxime Bernier et Lawrence Cannon pour faire face aux Condoleezza Rice et Hillary Clinton... Seul David Emerson s'est un peu démarqué, mais pour si peu de temps.

Le Canada a désarmé sa diplomatie et se retrouve aujourd'hui mal équipé pour offrir des solutions qui lui sont propres. Son image a pâli dans les cercles diplomatiques. L'ancien ministre Emerson avouait, dans une entrevue à la chaîne CanWest, s'être d'ailleurs fait demander où était passé le Canada. Un Canada effacé a moins d'influence quand il est question de changements climatiques, de réforme des institutions internationales, de relations avec les puissances émergentes, de crise au Moyen-Orient et ainsi de suite. Et par sa propre faute il risque maintenant d'être totalement éclipsé devant un gouvernement américain qui se veut activiste.

http://www.ledevoir.com/2009/02/18/234483.htm l

[ publié par jeromet le 2009-02-18 12:52:56 ]

[Permalien]   [ Ajouter un commentaire ] [ ]



Un blogue Actualité / Politique / Société par Mon Blogue.com