Alec Castonguay
La récession et l'arrivée d'Obama influenceront les cibles d'Ottawa
Ottawa -- La récession économique va influencer les objectifs de réduction des gaz à effet de serre qui seront assignés aux entreprises canadiennes, a affirmé hier le ministre fédéral de l'Environnement, Jim Prentice.
En fait, deux facteurs vont influencer le cadre réglementaire en matière de changements climatiques en cours d'élaboration à Ottawa: la crise économique et l'arrivée de Barack Obama à Washington.
Ces deux éléments pourraient encore retarder la mise en application du plan vert fédéral de 12 à 24 mois, voire davantage. Le plan vert conservateur a été annoncé en avril 2007 et n'a toujours pas force de loi, puisqu'il manque le cadre réglementaire.
La publication de ces règlements permettra aux entreprises de savoir de combien de tonnes elles doivent réduire les gaz à effet de serre (GES)qu'elles émettent pour se conformer aux objectifs canadiens et quel mécanisme elles pourront utiliser pour y parvenir. Pour l'instant, rien n'est décidé et les discussions avec l'industrie se poursuivent.
Les propos du nouveau ministre de l'Environnement ont soulevé l'indignation chez les partis d'opposition et les écologistes, qui estiment que les conservateurs manquent toujours autant de sérieux en matière de lutte contre les changements climatiques.
Le contexte économique dans la balance
Hier matin, devant le Comité parlementaire sur l'environnement, le ministre Jim Prentice a affirmé que le contexte économique actuel doit être pris en compte dans l'élaboration de la réglementation destinée aux entreprises.
«Il faut faire attention en ces temps économiques difficiles pour ne pas ajouter un fardeau financier à nos entreprises. On tente de protéger tous les emplois qu'on peut au Canada. On continue de travailler sur la réglementation de notre plan, mais la manière de procéder est clairement influencée par les circonstances économiques», a soutenu le ministre.
Jim Prentice a affirmé qu'il devait procéder avec «prudence». «Le ralentissement économique est un facteur dans les discussions actuelles avec l'industrie», a-t-il ajouté.
Le ministre laisse entendre que le gouvernement pourrait même laisser passer l'orage économique avant de bouger. «Notre gouvernement doit évaluer quel est le moment le plus pertinent pour leur imposer une responsabilité financière additionnelle en ajoutant des règlements», a-t-il dit.
Le député bloquiste Bernard Bigras affirme que cette volonté d'opposer économie et environnement ne peut que mener à des cibles de réduction des GES moins contraignantes. «Ça fait un bon moment qu'on a peur que les conservateurs utilisent l'argument de la crise économique pour ne pas agir sur les changements climatiques, dit-il. Pourtant, plusieurs pays utilisent les emplois verts pour relancer leur économie. La crise est une occasion.»
Or la réglementation sera en place pendant des années, ------------------------------------------------------puisque l'échéancier du plan vert est 2020, alors que la récession durera un an ou deux, tout au plus. «C'est complètement ridicule! tonne Steven Guilbeault, porte-parole du groupe écologique Équiterre. C'est vrai, réduire les gaz à effet de serre a un coût pour des industries comme le pétrole et le charbon. ------------------------------------------------Mais il y a beaucoup de secteurs, comme l'aluminium et le manufacturier, qui ont fait des efforts pour réduire leurs émissions et qui attendent juste le feu vert pour faire de l'argent avec leurs crédits sur les marchés internationaux.»
Malgré ses propos sur l'économie, le ministre déclare que les changements climatiques demeurent une priorité pour son gouvernement. «Le gouvernement du Canada est entièrement acquis à la cause de l'environnement», a dit Jim Prentice.
En attendant Obama
Il n'y a toutefois pas que la récession qui pourrait ralentir l'élaboration du cadre réglementaire du plan vert. L'arrivée à la Maison-Blanche de Barack Obama y sera aussi pour quelque chose. Le ministre Prentice a laissé entendre hier que le Canada attendait de voir le nouveau plan américain de lutte contre les changements climatiques avant d'aller plus loin. On ne sait toutefois pas quand ce plan verra le jour.
Selon le ministre, il faut harmoniser les approches canadienne et américaine. «Il faut continuer à travailler sur cette réglementation avec l'industrie, mais aussi avec les États-Unis. C'est très clair. Il faut travailler avec les États-Unis [...]. On partage des problèmes communs. On partage notre air et notre eau», a-t-il dit.
Est-ce à dire que les politiques canadiennes et américaines doivent être identiques? «L'élection du président Obama présente une belle occasion pour nos deux pays de travailler ensemble. Ça ne veut pas dire qu'il faut avoir des politiques identiques, mais on peut en avoir des semblables», répond Jim Prentice.
L'attente du plan Obama retardera encore davantage la réglementation canadienne. «Il faut être certain que nos approches sont compatibles. C'est très compliqué, on a beaucoup de travail à faire. Une telle réglementation, c'est une première au Canada», a-t-il dit, refusant d'avancer un nouvel échéancier. Le cadre réglementaire devait à l'origine être prêt à l'automne 2008.
Cet attentisme a soulevé l'indignation du député libéral David MacGuinty, porte-parole de son parti en matière d'environnement. -----------------------------------«Le ministre se cache derrière l'arrivée d'Obama, mais ça ne pourra pas durer. Il doit nous dire pourquoi rien n'a été fait depuis trois ans. Pourquoi n'y a-t-il pas de réglementation? Pourquoi n'y a-t-il pas de marché du carbone viable?»----------------------------------------
En campagne présidentielle, Barack Obama avait promis de ramener les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis au niveau de 1990, et ce, en 2020. En 2007, les États-Unis émettaient 16,7 % de plus de GES qu'en 1990.
Pour y arriver, il compte, entre autres, mettre en place un système d'échange de crédits de GES, souvent appelé marché du carbone. Il sera basé sur des cibles absolues de réduction des GES pour les entreprises.
Au Canada, Ottawa veut procéder avec un système basé sur l'intensité des émissions, ce qui est beaucoup moins contraignant que le système qui sera en place aux États-Unis et qui est déjà actif en Europe. Le Canada est le dernier pays occidental à souhaiter la mise en place d'un tel système, incompatible avec le protocole de Kyoto. L'objectif du Canada est de réduire ses émissions de GES de 20 % d'ici 2020, par rapport à 2006.
http://www.ledevoir.com/2009/02/13/233445.html