La peur de la contagion ALP
Pour expliquer la rigidité dont fait preuve la Chine à l'égard du Tibet, Claude Levenson avance deux explications. D'abord, dit-elle, le pays craint une contamination, comme en URSS après la chute du mur de Berlin. L'émancipation des Tibétains pourrait notamment donner des idées aux Ouïgours qui forment une population musulmane très remuante et très compacte dans le nord-ouest de la Chine (Xinjiang).
Mais les Chinois ne craignent pas seulement la contagion nationale, ils craignent aussi la contagion religieuse. «Les autorités chinoises voient dans la contestation tibétaine un défi à leur autorité, dit l'écrivaine. Ils craignent un pouvoir spirituel capable de s'opposer et de présenter une autre vision du monde que la leur. Cette opposition spirituelle est un défi à l'autorité du Parti dans un pays où l'on a cherché à éradiquer la religion. On assiste aujourd'hui en Chine à une renaissance du bouddhisme. Or la référence première du bouddhisme en Chine reste le Tibet. Voilà qui suscite la crainte des autorités.»
C'est la même crainte qui a justifié la répression sauvage à l'égard des disciples de la secte Falungong qui n'avaient pourtant aucune prétention politiques. Les autorités chinoises semblent craindre tout ce qui peut combler le vide spirituel créé par 50 ans de communisme. Levenson montre du doigt le nationalisme exacerbé qui caractérise toujours la Chine. «Ce nationalisme est entretenu à partir de la plus tendre enfance. Dès la maternelle, les enfants doivent assister au lever du drapeau. On leur vante la grandeur de la Chine. Tout cela ne date pas de Mao. C'est une tradition cultivée par tous les empereurs. La Chine est la civilisation par excellence, et les autres ne sont que des barbares. Mao a simplement habillé ce nationalisme autrement. Or l'ouverture actuelle de la Chine n'a pas encore remis en question ce nationalisme exacerbé.»
http://www.ledevoir.com/2008/04/21/186137.html