[ A la pige ]

Publié le samedi 8 mars 2008

[ Samedi 8 mars 2008 ]

Important rapport-synthèse de Ressources naturelles Can. ALP

Un climat plus chaud rendra le pays plus vulnérable

Louis-Gilles Francoeur

La capacité d'adaptation est inégalement répartie au Canada

Les changements climatiques, dont les impacts sont de plus en plus visibles au Canada, vont accroître la vulnérabilité des collectivités et des entreprises, car si la richesse et les technologies leur assurent une certaine capacité d'adaptation, cette capacité est inégalement répartie à travers le Canada.

 C'est ce que conclut un rapport-synthèse de Ressources naturelles Canada, publié hier après-midi à 17h30 alors que la plupart des médias canadiens démobilisaient leurs rédactions pour le week-end. Le Devoir avait été prévenu la veille de cette stratégie du gouvernement fédéral, destinée selon nos sources à empêcher les conclusions de ce rapport-choc d'apparaître dans les manchettes de la fin de semaine. Plusieurs des constats de ce rapport contredisent les conclusions du gouvernement Harper à propos de la gravité de la crise climatique.

Les principales conclusions de ce rapport sont les suivantes:

- Au Canada, «les variations du climat entraîneront des modifications de la disponibilité, de l'accessibilité et de la qualité des espèces, avec toutes les conséquences que cela peut représenter pour la biodiversité et les populations humaines qui dépendent de ces ressources».

- Il sera certes plus facile de naviguer dans le Grand Nord, où le passage du Nord-Ouest est demeuré ouvert tout l'été 2007, une première de mémoire humaine. Mais ce changement imposera à Ottawa et aux collectivités autochtones «de nombreux défis sur le plan de la culture, de la sécurité et de l'environnement». Il sera notamment «plus difficile de maintenir et de protéger certains aspects des modes de vie traditionnels et des régimes de subsistance dans nombre de collectivités de l'Arctique».

- C'est dans le Grand Nord québécois «que sont anticipés les plus importants effets des changements climatiques pour cette région, aggravant les problèmes actuels liés aux catastrophes naturelles et aux infrastructures essentielles». Par ailleurs, les impacts défavorables du climat à venir «seront particulièrement lourds dans les collectivités où les ressources naturelles constituent un élément clé de l'économie». Toutefois, en raison de saisons chaudes plus longues et de précipitations plus intenses, la foresterie et l'hydroélectricité pourraient s'en porter mieux. Cependant, les régions côtières écoperont durement en raison d'une intense érosion, principalement le long de l'estuaire et du golfe du Saint-Laurent. Dans le sud du Québec, on observera «un accroissement de la fréquence, de l'intensité ou de la durée des phénomènes météorologiques extrêmes», ce qui amplifiera les risques de détérioration du patrimoine bâti vieillissant, sans compter ceux courus par les populations vulnérables et les collectivités exposées aux «aléas naturels». Si plusieurs «pistes» de solution s'offrent déjà, note le rapport fédéral, «les limites et les coûts de l'adaptation sont généralement peu connus, notamment à long terme».

- Dans les Maritimes, on prévoit une «augmentation du nombre et de l'intensité des tempêtes, l'élévation du niveau de la mer, plus d'ondes de tempête, d'érosion côtière et d'inondations, qui toutes toucheront les collectivités côtières, de même que leurs infrastructures et leurs industries». Les ressources en eau douce seront davantage sollicitées. Les espèces aquatiques exploitées commercialement seront touchées, de même que d'autres aspects des pêcheries comme les transports, la commercialisation ainsi que la santé et la sécurité du travail des communautés. Si l'agriculture et la foresterie peuvent profiter de températures plus élevées et de l'allongement des saisons, «l'augmentation des perturbations et des stress liés au manque d'humidité qui les accompagne constitue une source d'inquiétude». Les Maritimes seront aussi frappées par des invasions d'espèces indésirables comme la laitue de mer qui, depuis 1990, rend les estuaires moins propices aux poissons et aux mollusques ainsi qu'aux activités des résidants et des touristes.

- En Ontario, on prévoit que les phénomènes climatiques extrêmes perturberont «les infrastructures essentielles, notamment les systèmes de traitement et de distribution de l'eau, les équipements de production et de distribution d'énergie et les réseaux de transport, [alors que] la fréquence de ces perturbations va probablement augmenter à l'avenir». Le rapport fédéral note que, déjà, «des pénuries d'eau ont été constatées dans le sud de la province, et on prévoit que leur fréquence augmentera avec la hausse des températures estivales et des taux d'évaporation», qui réduiront notamment les apports d'eau dans les Grands Lacs et, par ricochet, le débit du Saint-Laurent. Enfin, les grands centres ontariens vont subir des extrêmes climatiques plus sévères, par exemple des vagues de chaleur sans précédent, des épisodes de smog plus graves ainsi que des «changements d'ordre écologique qui favorisent la propagation de maladies à transmission vectorielle» susceptibles de constituer de sérieuses menaces à la santé publique.

- Le portrait n'est pas plus rose dans les Prairies où, affirme le rapport, «une augmentation des pénuries d'eau constitue la menace climatique la plus sérieuse». Selon le rapport fédéral, dans les provinces de l'Ouest, où on retrouve les gouvernements les plus réfractaires à la lutte contre les changements climatiques, «les projections annoncent une augmentation de la fréquence des épisodes de sécheresse, dont les impacts économiques se calculent parfois en milliards de dollars, de feux de friche et d'inondations graves». Ces sécheresses seront accompagnées de «perturbations causées par les insectes et les incendies, de stress exercés sur les habitats aquatiques et de l'implantation d'espèces exotiques».

- Sur la côte Ouest, on prévoit aussi «de plus en plus de pénuries d'eau et une concurrence croissante entre les diverses utilisations de cette ressource» entre les utilisateurs d'hydroélectricité ou d'eau d'irrigation, entre les collectivités, entre les besoins en loisirs et la nécessité de préserver des débits minimaux dans les cours d'eau. Aux prises là aussi avec des phénomènes météorologiques extrêmes, l'industrie forestière de cette province sera particulièrement vulnérable aux infestations d'insectes ravageurs et aux feux de forêt. L'épidémie sans précédent de dendroctone du pin ponderosa, qui frappait déjà en 2006 environ 9,2 millions d'hectares de forêt, verra son expansion favorisée par un climat plus chaud alors que ses larves seront épargnées par des hivers plus doux. L'épidémie vient d'ailleurs d'atteindre l'Alberta. Si l'agriculture de la Colombie-Britannique profitera théoriquement d'une saison plus chaude prolongée, «l'augmentation de la fréquence et de la durée des épisodes de sécheresse constitue le risque le plus important» pour son industrie agricole.

Par ailleurs, le rapport publié hier par Ressources naturelles Canada prévoit que plusieurs des impacts anticipés, contre lesquels les gouvernements provinciaux et municipaux devront se prémunir à grands frais, «seront cumulatifs et, fréquemment, synergiques». Par exemple, les vagues de chaleur vont accroître les besoins en climatisation alors que la fonte des glaciers va réduire la disponibilité de l'eau et diminuer les niveaux des Grands Lacs, ce qui réduira d'autant le potentiel hydroélectrique de ces régions. On doit aussi s'attendre, prévoit le rapport, à avoir des «surprises» douloureuses lorsqu'on «franchira des seuils critiques qui n'auront pas été prévus».

Toutefois, deux choses sont d'ores et déjà certaines: tous ne sont pas égaux devant les changements climatiques, au Canada comme ailleurs dans le monde, et ce sont les communautés généralement les plus démunies qui auront le plus besoin d'aide financière, une autre pression sur l'économie canadienne.

On se rappellera que sur les 36 pays occidentaux qui se sont initialement engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, le Canada et les États-Unis -- les deux pays qui affichent les émissions par habitant les plus élevées de la planète -- ont décidé de ne pas participer à la lutte contre le réchauffement du climat selon les mêmes règles du jeu que les autres. Dans une étude récente de l'OCDE portant sur 25 indicateurs environnementaux, le Canada figure aussi au 28e rang sur 29 en raison de l'inefficacité de ses politiques environnementales.

http://www.ledevoir.com/2008/03/08/179523.html

[ publié par jeromet le 2008-03-08 08:05:57 ]

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