[ A la pige ]

Publi le mardi 12 février 2008

[ Mardi 12 février 2008 ]

Des algues bleues tombées des cieux ALP
Louis-Gilles Francoeur Les pluies acides contribuent intensément au problème Les oxydes d'azote contenus dans les pluies acides contribuent avec le phosphore à la prolifération des algues bleues dans les lacs québécois. Les dernières analyses fédérales sur la progression des pluies acides au Canada indiquent qu'une bonne partie des algues bleues, qui prolifèrent au Québec depuis trois ans, y compris dans des parties des Laurentides où l'agriculture est peu présente, nous tombent en bonne partie littéralement du ciel. En effet, selon une version préliminaire d'un rapport en préparation pour le Conseil canadien des ministres de l'Environnement (CCME), dont Le Devoir a obtenu la plus récente version d'une source fédérale, tout le sud du Québec -- du Témiscamingue jusqu'à la région de Charlevoix et la rive sud de Rimouski à Montréal -- sera aux prises à long terme avec des apports d'anhydride sulfureux (SO2) et d'oxyde d'azote (NOx) qui dépassent la capacité d'absorption des sols de ces régions. Les oxydes d'azote sont la deuxième constituante en importance des pluies acides. Mais, outre leur pouvoir acidifiant, ces nitrates sont aussi des surfertilisants qui contribuent avec le phosphore à l'eutrophisation des lacs. Et les Québécois le découvrent depuis trois ans, car le tandem phosphore et nitrates de toute origine favorise la prolifération des plantes aquatiques qui colmatent déjà plusieurs cours d'eau ou contribue à la prolifération des algues bleu-vert ou cyanobactéries. Si les humains peuvent agir sur les apports de nitrates et de phosphore attribuables à l'agriculture et à la villégiature, ils sont localement moins équipés pour contrer les apports importants de nitrates d'origine atmosphérique, lesquels vont frapper encore plus durement les lacs où les riverains ne passent pas radicalement à l'action pour limiter les sources à leur portée. Des dépassements similaires du «pouvoir tampon» des sols sont aussi prévus dans tout l'est de l'Ontario, du lac Supérieur jusqu'à la frontière du Québec. On retrouve dans cette région ontarienne plus chaude qu'au Québec en moyenne, y compris dans des secteurs forestiers sauvages, plusieurs lacs aux prises avec des cyanobactéries, un phénomène que le réchauffement du climat va accentuer ici au Québec puisque la chaleur favorise la prolifération des algues microscopiques toxiques. Au Québec seulement, c'est 860 000 km2 de territoire, soit plus du quart de la province, où la capacité naturelle des sols à neutraliser les apports acides sera dépassée à moyen et long terme, selon le rapport fédéral. Les conséquences de cette situation sont de deux ordres, lit-on dans ce Progress Report on The Canada Wide Acid Rain Strategy for Post-2000 (Draft). D'une part, tout cet acide va diminuer progressivement la productivité des sols agricoles et des forêts de l'Ontario et du Québec. Mais les quantités d'oxyde d'azote présent dans ces dépôts acides vont aussi frapper les lacs de ces deux régions où l'on retrouve de moins en moins de capteurs à des fins d'échantillonnage, qui permettent de suivre l'évolution du problème. C'est d'ailleurs au point que la carte du Québec n'indique que cinq sites d'échantillonnage, tous situés dans le centre inhabité de la province. Le rapport fédéral est d'ailleurs totalement muet en ce qui a trait aux impacts des pluies acides dans les territoires régis par la Convention de la Baie James parce qu'il n'y a là aucun capteur. Dans une version antérieure de ce rapport, que Le Devoir divulguait en avril 2006, on rapportait que les émissions acides croissantes en provenance des provinces de l'Ouest, où se concentre le raffinage du pétrole extrait des sables bitumineux, allait frapper d'autant plus durement les régions nordiques québécoises qu'elles ne bénéficient que d'un très faible pouvoir tampon. La plus récente version du rapport fédéral, récemment discutée lors d'une rencontre de fonctionnaires fédéraux et des provinces, ne fait plus mention de ce problème: les cartes de sensibilité du Grand Nord québécois sont totalement vides de toutes données empiriques. Par contre, le même rapport indique toujours que les provinces de l'Ouest, jusqu'ici épargnées par les pluies acides, s'acidifient progressivement, surtout au nord de Calgary, là où se concentre l'exploitation des sables bitumineux. Selon le rapport fédéral, la stratégie contre les pluies acides adoptée dans les années 90 par le Canada et les États-Unis -- stratégie qui avait été coulée dans un traité signé par Ronald Reagan et Brian Mulroney en 1991 -- visait à ramener les dépôts annuels des composantes des pluies acides à 20 kg par hectare. Les États-Unis et le Canada se sont tous deux donné des objectifs de réduction pour réduire leurs émissions de SO2, mais seuls les États-Unis ont ciblé les NOx. Le rôle de ces surfertilisants acides s'est donc accru progressivement en raison des apports combinés du parc automobile et des émissions des centrales thermiques. Le phénomène a d'ailleurs pris une telle ampleur que les épisodes de smog, qui se limitaient autrefois à la région de Montréal, frappent aujourd'hui jusqu'aux régions de Charlevoix et du Lac-Saint-Jean. Plusieurs chercheurs disaient déjà à l'époque de la première attaque continentale contre le fléau acide que la norme de 20 kg/ha/an ne protégeait que les zones ayant un fort pouvoir tampon, mais pas vraiment les zones sensibles, comme les lacs ou les régions forestières du Bouclier canadien. Or les faits semblent donner raison à ces chercheurs qui préconisaient plutôt des rejets maximaux de 8 kg/ha/an. Le projet de rapport du CCME confirme «que même une réduction de 75 % des émissions de SO2 au Canada et aux États-Unis, par rapport aux objectifs convenus de réduction en vigueur d'ici 2010, réduirait mais ne ferait pas disparaître les excès d'apports dans l'Est du Canada». Et le rapport conclut en ciblant les fameux nitrates, qui acidifient et surfertilisent les lacs, que «plus important encore, -- dans une logique de protection de la viabilité des écosystèmes à long terme, là où l'acidification aux NOx s'annonce comme prévalente -- des réductions des NOx sont nécessaires», ce que les normes industrielles canadiennes n'imposent pas. Le rapport précise de plus que «la capacité des bassins versants terrestres à retenir les nitrates est limitée». En somme, une fois cette capacité épuisée, ces sols vont dégorger les apports de fertilisants directement vers les lacs et cours d'eau. Le projet de rapport du CCME est fort critique à l'endroit des politiques et des faibles normes en place, que les conservateurs ont promis de raffermir à leur arrivée au pouvoir, mais sans passer à l'action depuis, ce que la lente préparation de ce rapport, qui dure depuis trois ans, traduit à sa façon. La stratégie continentale actuelle de lutte contre les pluies acides prévoit des réductions échelonnées d'ici 2020 dans les deux pays. Mais le «second scénario» mis au point par les hauts fonctionnaires fédéraux en vue de reprendre à terme le contrôle de la pollution acide actuelle se base sur une réduction supplémentaire de 75 % par rapport à l'entente canado-américaine de 1991, laquelle ciblait les émissions de 7 fonderies, de 11 centrales thermiques de l'Est canadien et de 110 centrales thermiques états-uniennes. Ce second scénario exigerait globalement une réduction des émissions acidifiantes de 53 % dans l'est du Canada et de 62 % dans l'est des États-Unis. Mais il laisserait quand même plusieurs zones sensibles aux prises avec le risque d'une acidification croissante. Même si la chose n'est pas dite, il semble que ce soit le scénario que les hauts fonctionnaires proposent au gouvernement Harper, ce qui permettra de savoir s'il a une détermination équivalente à celle du gouvernement Mulroney des années 90. http://www.ledevoir.com/2008/02/12/175798.html

[ publié par jeromet le 2008-02-12 09:00:14 ]

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